— Henri Koskinen / Shutterstock.com

À l’instar de nombreuses sociétés animales très organisées, les colonies de trématodes qui s’attaquent aux escargots forment des castes pour se répartir la charge de travail. Les plus massifs assurent la reproduction au sein de la colonie, tandis que d’autres plus petits la protègent contre les invasions extérieures de trématodes concurrents.

« Ces parasites doivent également défendre leur foyer et se battre pour empêcher l’invasion »

« Les gens pensent que les parasites s’attaquent uniquement à leur hôte », explique Mark Torchin, chercheur à l’université de Californie et co-auteur de cette nouvelle étude parue dans la revue Biology Letters. « Mais ces parasites doivent également défendre leur foyer et se battre pour empêcher l’invasion », ajoute le scientifique. Mais comme pour toute société disposant de ressources limitées, un compromis s’avère nécessaire : plus de soldats signifie moins de reproducteurs. Pour la première fois, les chercheurs ont démontré que le nombre de ces « soldats » dépendait du niveau de menace auquel les vers étaient confrontés.

Pour ce faire, les scientifiques ont recueilli 150 escargots sur 38 sites différents répartis le long de la côte Pacifique nord-américaine et les ont ensuite analysés. Après dissection, il s’est avéré que ceux qui avaient été prélevés dans des zones disposant d’une forte concentration en parasites étaient infestés de davantage de trématodes se tenant prêts à affronter toute éventuelle menace. « Chaque colonie de trématodes est constituée de clones d’un seul ver envahisseur », explique le professeur Hechinger, spécialisé dans l’étude des parasites. « Ils ne veulent pas partager leur escargot avec un autre trématode et produisent des soldats pour défendre leur hôte », ajoute le scientifique.

Parmi les six espèces distinctes de vers trématodes analysées, cinq ont montré la même stratégie de défense face à un risque plus élevé, ce qui laisse penser que celle-ci pourrait également être employée par d’autres sociétés animales.

Un modèle approprié pour « aborder des questions sociobiologiques fondamentales »

« Il est compliqué d’étudier ne serait-ce qu’une colonie de termites, en raison de sa taille », avance Hechinger. « Avec les trématodes, vous pouvez tenir 50 colonies dans votre main », poursuit le scientifique. Mais au-delà de leur utilité en tant que modèle scientifique, ces vers jouent également un rôle important dans les écosystèmes au sein desquels ils vivent. « Ils peuvent être utilisés comme un indicateur écologique. Si vous ramassez une centaine d’escargots et que vous regardez la diversité de ce type de parasites à l’intérieur de ceux-ci et combien sont infectés, cela peut par exemple vous donner une idée de la diversité et de l’abondance des oiseaux dans la région », poursuit le scientifique.

« Les prochaines étapes de nos travaux vont consister à savoir comment ces vers déterminent la répartition de leurs ressources », explique Emlyn Resetarits, chercheuse à l’université de Géorgie et co-auteure de l’étude. « Les colonies individuelles réagissent-elles et répondent-elles à un risque élevé d’invasion locale en produisant simplement davantage de soldats, ou adaptent-elles ce nombre d’unités en fonction de leurs populations ? Cela nous montrera à quel point ces colonies sont polyvalentes, et nous éclairera sur la façon dont leurs sociétés s’adaptent aux défis extérieurs », poursuit la scientifique.

« Cette découverte ne constitue pas seulement un projet de recherche intéressant. Cela démontre clairement l’utilité d’employer ce système comme modèle pour aborder des questions sociobiologiques fondamentales », conclut Hechinger.

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