— Ethan Daniels / Shutterstock.com

Une analyse minutieuse des couches fossilisées de fond marin datant de quelque 20 millions d’années a permis aux scientifiques de reconstituer l’antre d’un ver marin géant qui se serait très probablement caché dans les sédiments avant de bondir sur ses proies.

Un prédateur en embuscade

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Scientific Reports, les chercheurs ont déterminé que la créature préhistorique nouvellement identifiée était probablement un ancêtre de l’Eunice aphroditois, plus connu sous le nom de ver Bobbit, des spécimens modernes à l’apparence effrayante pouvant atteindre une longueur de trois mètres, et connus pour saisir leur nourriture à l’aide de mâchoires puissantes et de pièces buccales acérées.

On pense que l’origine de ces vers remonte déjà à des centaines de millions d’années – peut-être au début du Paléozoïque – mais les parties molles de leur corps signifient que les traces fossiles existantes sont largement incomplètes, ce qui rend cette récente découverte importante. Au total, l’équipe de recherche a récupéré et traité 319 spécimens pour reconstituer un fossile à l’état de trace (la trace d’un animal, plutôt que l’animal lui-même), un terrier en forme de L d’environ 2 à 3 centimètres de diamètre et jusqu’à 2 mètres de longueur.

Baptisé Pennichnus formosae, ce fossile est considéré comme un ichnotaxon. D’après l’analyse de la taille et de la forme de la cavité, ainsi que des traces de déplacement laissées dans la roche, il semble qu’elle ait abrité un ancien ver qui jaillissait des fonds marins pour capturer ses proies. « Ces caractéristiques morphologiques de Pennichnus sont compatibles avec les activités d’un prédateur en embuscade », ont détaillé les chercheurs. « Par conséquent, nous émettons l’hypothèse que les polychètes géants, incluant les vers Bobbit, sont les plus probables créateurs de ces traces. »

Images montrant l’Eunice aphroditois et son terrier (c et d), ainsi que les traces laissées par son ancêtre, le Pennichnus formosae (a, b, e) — © Sassa Chen et al. / Scientific Reports Creative Commons

L’une de ces caractéristiques morphologiques est la forte concentration de fer vers le haut du terrier. Cela suggère que les anciens vers utilisaient du mucus pour reconstruire leurs repaires après avoir attaqué, car les bactéries se nourrissant de ce mucus auraient laissé des traces de fer.

« Lorsqu’elles étaient suffisamment proches, le ver jaillissait de son abri »

D’autres habitants potentiels, notamment les crevettes et les mollusques, ont été exclus : les premières citées ont en effet tendance à créer des cavités plus ouvertes et plus complexes, tandis que la forme et la structure du trou ne correspondent pas aux modèles laissés par les mollusques. Selon l’équipe, ces résultats comblent un vide dans nos informations sur l’évolution et le développement de ce type de créatures au fil du temps, et sur l’importance de la vie (et de la mort) au fond des océans depuis des millions d’années.

« En résumé, nous émettons l’hypothèse qu’il y a environ 20 millions d’années, à la frontière sud-est du continent eurasiatique, d’anciens vers marins colonisaient les fonds marins et attendaient en embuscade le passage de leurs proies », écrivent les chercheurs. « Lorsqu’elles étaient suffisamment proches, le ver jaillissait de son abri, s’emparait d’elles et les entraînait à l’intérieur. Se débattant pour échapper à son emprise, ces dernières causaient davantage de perturbations dans les sédiments autour de l’entrée du terrier. »

Illustration montrant la technique utilisée par les vers préhistoriques pour surprendre leurs proies — © Sassa Chen et al. / Scientific Reports Creative Commons

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