Le 25 juin 2026, le Vesuvius Challenge a annoncé la première lecture intégrale d’un papyrus d’Herculanum carbonisé par le Vésuve, un ruban de 1,4 mètre déchiffré de bout en bout alors qu’il reste physiquement scellé.

Un papyrus lu sans le dérouler
Le rouleau porte le nom de code PHerc. 1667. Long d’environ 1,4 mètre, il aligne une vingtaine de colonnes de grec ancien, désormais lisibles sans que personne n’ait touché à ses couches. L’équipe rattachée à l’Université du Kentucky, autour de l’informaticien Brent Seales, cofondateur du projet, parle du premier objet de cette collection restitué dans sa continuité.
La contrainte matérielle explique l’exploit. Quand le Vésuve a enseveli Herculanum en 79 de notre ère, la chaleur a transformé ces papyrus en blocs noirs et compacts, solides mais impossibles à ouvrir sans les réduire en miettes. Une portion de PHerc. 1667 avait justement été séparée dans les années 1980, et l’écriture s’y était révélée si écrasée que le fragment avait reçu une note de lisibilité nulle. Le rouleau semblait donc perdu pour la lecture, et pourtant l’imagerie vient de le rouvrir sans le déplier.
Une encre presque invisible aux rayons X
La méthode combine deux outils. Un synchrotron radiographie l’intérieur du rouleau par tomographie, couche après couche, puis un algorithme reconstruit chaque spire et la « déplie » virtuellement pour reformer la surface écrite. Une fois ces caractères dégagés, des spécialistes du papyrus prennent le relais pour les déchiffrer et les rendre en français ou en anglais.
L’obstacle central tient à la chimie de l’encre. Les Romains écrivaient avec une encre au carbone dont la densité épouse presque celle du papyrus lui-même carbonisé, ce qui rend le tracé quasi indétectable. Grâce à l’intelligence artificielle et à une imagerie très fine, le système repère malgré tout d’infimes écarts de matière. Un scan mené à plus haute résolution au synchrotron Diamond Light Source, au Royaume-Uni, a même fait apparaître l’encre directement dans les données en trois dimensions, ce qui a confirmé les lectures obtenues.
Un texte trop ancien pour Philodème
L’analyse de l’écriture réserve une surprise. Le style renvoie plutôt aux IIIe-IIe siècles avant notre ère, ce qui classerait PHerc. 1667 parmi les plus vieux témoins de toute la collection. Cette datation écarte d’emblée Philodème de Gadare, l’épicurien du Ier siècle avant notre ère dont les écrits saturent d’ordinaire cette bibliothèque. Le contenu, lui, ressemble à un traité stoïcien consacré à l’éthique et à la conduite humaine.
Un nom oriente l’enquête. Le texte cite Aristocréon, neveu et élève de Chrysippe, figure majeure du premier stoïcisme dont il ne subsiste presque aucun écrit direct. L’attribution reste au conditionnel, faute de confirmation, mais si la piste tenait, elle rapprocherait ce papyrus de l’entourage immédiat de Chrysippe. L’apport pour l’histoire de la philosophie serait alors considérable, tant cette période demeure documentée par bribes.
Ce qui dort encore dans la villa
PHerc. 1667 n’est plus un cas isolé, et c’est là le vrai basculement. Le rouleau PHerc. 172, conservé à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford et scanné à Diamond, a livré plus de soixante-dix colonnes identifiées comme le premier livre de « Des vices », de Philodème. Sur PHerc. 139, les chercheurs ont lu dans la partie finale une référence au huitième livre du « Traité des dieux », alors qu’on ne connaissait jusqu’ici que le premier : l’ouvrage comptait donc au moins huit volumes, et l’équipe compte réexaminer d’autres rouleaux pour retrouver les tomes manquants.
L’enjeu se mesure surtout à ce qui reste. Plus de six cents rouleaux d’Herculanum demeurent scellés et muets, tous issus de la Villa des Papyrus, une demeure qu’on attribue à la belle-famille de Jules César. Désormais reproductible à l’échelle d’une bibliothèque entière, la méthode ne promet plus seulement des lectures isolées mais un flux de textes exhumés. Des pans entiers de la pensée antique, perdus depuis deux mille ans, pourraient ainsi ressurgir de ces cylindres noirs, ligne après ligne.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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