Des chercheurs américains ont récemment montré qu’un médicament développé à l’origine pour traiter les calculs rénaux et urinaires privait les cellules cancéreuses du pancréas des acides aminés essentiels à leur survie.

« Le cancer du pancréas est une maladie terrible, avec un taux de survie moyen de seulement six mois après le diagnostic »

Comme toutes les cellules du corps, les cellules cancéreuses ont besoin de nutriments et d’énergie pour survivre, ce qui offre aux chercheurs la possibilité de couper l’approvisionnement afin de ralentir leur propagation. Une équipe de recherche de l’université de Columbia, dont les travaux ont été présentés dans la revue Science, a découvert qu’un composé actuellement en cours de développement pour un type rare de calculs rénaux pouvait priver les cellules cancéreuses du pancréas d’un acide aminé essentiel. Son administration a en effet permis de stopper la croissance des tumeurs cancéreuses chez la souris.

« Ces résultats sont vraiment très encourageants », a déclaré Kenneth Olive, auteur principal de l’étude. « Le cancer du pancréas est une maladie terrible, avec un taux de survie moyen de seulement six mois après le diagnostic. Nous avons désespérément besoin de nouveaux traitements. »

Le cancer du pancréas peut notamment entraîner la production d’oxydants, se révélant mortels pour les cellules saines de l’organisme, mais laissant les cellules tumorales intactes. En cause : un acide aminé appelé cystéine, que les cellules tumorales importent en énormes quantités et qui leur permet de produire des molécules neutralisant l’effet toxique des oxydants. « Comme la survie des tumeurs pancréatiques semble dépendre de l’importation de cystéine, nous avons émis l’hypothèse qu’il était possible de ralentir leur croissance en ciblant spécifiquement cet acide aminé », précisent les auteurs de l’étude.

Les cellules non traitées du cancer du pancréas sont visibles sur la gauche, tandis que les cellules privées de cystéine se trouvent sur la droite, le vert symbolisant quant à lui un dommage cellulaire qui finira par tuer les cellules.

Des résultats particulièrement prometteurs

Les chercheurs ont travaillé avec des rongeurs, dont la structure des tumeurs pancréatiques se relève très proche de celle des tumeurs humaines. Les spécimens suivis ont été génétiquement modifiés afin de les priver du gène contrôlant l’importation de cystéine, et il s’est avéré que cela entraînait un arrêt de la croissance des tumeurs ainsi qu’un doublement de leur espérance de vie médiane.

Dans une autre expérience, l’équipe a traité les souris avec un médicament appelé cystéinase, et a obtenu des résultats similaires. Ce composé est en cours de développement pour le traitement d’une maladie génétique rare appelée cystinurie, dans laquelle de grandes quantités de cystéine s’accumulent et conduisent à la formation de calculs rénaux et urinaires. Les scientifiques ont également ajouté de la cystéinase à une culture de tissus contenant des cellules humaines de cancer du pancréas, ce qui a entraîné la mort de ces cellules.

L’équipe s’efforce maintenant de voir si l’efficacité du médicament peut être accrue en l’associant à d’autres traitements anticancéreux, comme l’immunothérapie. L’un des résultats prometteurs de cette approche, note l’équipe, se résumant au fait qu’elle semble laisser les cellules normales indemnes.

« Beaucoup imaginent que les cellules du corps humain ont besoin de la même quantité d’acides aminés, mais nous savions, grâce à des études antérieures, que la plupart des cellules normales n’ont besoin que de très faibles niveaux de cystéine », expliquent les chercheurs. « Notre objectif, en ciblant cette différence entre cellules saines et cellules cancéreuses, est de mettre au point un traitement qui s’attaque uniquement à ces dernières. »

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