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De nouvelles recherches suggèrent que les tatouages étendus pourraient augmenter le risque de lésions liées à la chaleur en altérant la capacité de la peau à se refroidir par la sudation. Explications.

Une question peu explorée

Les tatouages entravent-ils la capacité de la peau à transpirer ? En dépit de leur omniprésence dans nos sociétés, cette question avait étonnamment été peu explorée jusqu’à présent. Cette étude charnière récemment publiée dans le Journal of Applied Physiology suggère que l’encrage de la peau peut endommager les glandes sudoripares et réduire la capacité du corps à se refroidir rapidement.

En 2017, Maurie Luetkemeier, de l’Alma College, avait mené l’une des premières études rigoureuses visant à déterminer si les tatouages interféraient avec la fonction de base de nos glandes sudoripares. Impliquant l’utilisation d’un outil générant un faible courant électrique afin de déclencher la sudation, celle-ci était arrivée à la conclusion alarmante que la peau tatouée semblait produire un volume de sueur 50 % plus faible qu’une peau non encrée.

Si la sueur générée par la peau tatouée s’avérait également beaucoup plus salée, suggérant un fonctionnement des glandes sudoripares perturbé par l’encre, les chercheurs avaient toutefois rappelé que le procédé utilisé pour stimuler les glandes sudoripares différait du processus naturel, consécutif à une augmentation de la température corporelle.

L’année dernière, une équipe de chercheurs australiens avait poursuivi les expériences de Luetkemeier, en testant comment la peau tatouée réagissait en situation réelle. Cette étude a essentiellement mesuré les taux de transpiration en différents endroits de la peau de 22 sujets. Après 20 minutes d’exercice, les chercheurs n’ont constaté aucune différence dans le volume de sueur produit entre la peau encrée et la peau non encrée.

Moins de sueur et une concentration de sodium plus élevée

« L’étude précédente avait montré que le fait d’avoir un tatouage réduisait le taux de sueur localisé et augmentait la concentration de sodium dans cette dernière. Cependant, la sudation avait été déclenchée par une technique de stimulation artificielle plutôt que dans des conditions d’exercice. Nos données suggèrent que les tatouages sur la peau n’altèrent pas la quantité ou la concentration en sodium de la sueur produite en réponse à l’exercice », avait à l’époque détaillé l’équipe australienne.

Dans cette nouvelle étude, Luetkemeier et ses collègues remettent en question les conclusions de l’étude australienne, en soulignant que la température corporelle interne ainsi que celle de la peau elle-même n’avaient pas été enregistrées, rendant difficile le fait de déterminer si la transpiration induite par la chaleur était ou non perturbée par les tatouages.

Afin de faire la lumière sur cette question controversée, les chercheurs se sont appuyés sur une nouvelle approche expérimentale. Dix sujets tatoués ont revêtu une combinaison bardée de tubes où circulait de l’eau chaude, ce qui a permis aux chercheurs de déterminer précisément quelle quantité de sueur induite thermiquement était produite par la peau tatouée.

Les mesures réalisées n’ont montré aucune différence entre peau tatouée et non encrée au début de la sudation, suggérant que la signalisation neurale déclenchant ce processus n’était pas altérée par l’encre du tatouage. Cependant, l’équipe a constaté que les surfaces tatouées produisaient moins de sueur que la peau vierge adjacente, et que la sueur produite par la peau encrée était également plus salée.

Représentation schématique de la peau humaine, montrant la position d’une glande sudoripare (12) — © Tomáš Kebert / Wikimedia Commons

Un probable impact sur la dissipation de chaleur

« Combinés à des études antérieures, ayant également suggéré des dommages fonctionnels potentiels aux canaux des glandes sudoripares eccrines, ces résultats évoquent des conséquences à long terme du processus de tatouage qui n’avaient pas été prises en compte en compte jusqu’à présent », écrivent les chercheurs.

Par rapport à l’étude de 2017, qui avait constaté que la peau tatouée produisait environ 50 % moins de sueur que la peau vierge, cette nouvelle recherche a estimé que ce déficit avoisinait plutôt les 15 %. Les différences entre les deux résultats ne sont pas encore comprises, mais l’équipe a émis l’hypothèse que les variations pourraient s’expliquer par les différences mécaniques entre les deux méthodes expérimentales utilisées pour induire la sudation.

« Ces données suggèrent que le tatouage endommage fonctionnellement les mécanismes de sécrétion, en affectant la capacité réflexe de la glande à produire de la sueur, mais ne semble pas affecter la signalisation neurale pour initier la sudation », conclut Luetkemeier. « La diminution de la transpiration pourrait avoir un impact sur la dissipation de la chaleur, en particulier lorsque le motif couvre un pourcentage plus élevé de la surface du corps, et être considérée comme un effet secondaire clinique potentiel à long terme du tatouage. »

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