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La mise en évidence de cicatrices similaires sur des dizaines de crânes de Tyrannosaurus rex suggère que ces super-prédateurs se mordaient mutuellement la face lorsqu’ils atteignaient l’âge de se reproduire.

Une rude compétition

Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Paleobiology, des paléontologues ont analysé 202 fossiles de T. rex de tailles et d’âges différents, et identifié des traces de morsures sur environ 60 % des spécimens adultes. L’emplacement des cicatrices et l’espacement des marques de dents suggèrent que ces blessures avaient été infligées par d’autres représentants de l’espèce, qui régnait sur l’Amérique du Nord il y a 66 millions d’années. Les autres carnivores ayant évolué sur le continent au Crétacé supérieur étaient tout simplement trop petits pour laisser de telles marques.

Plus révélateur encore, les motifs des marques de morsures trouvées sur les crânes de T. rex étaient remarquablement cohérents d’un spécimen à l’autre, indiquant un comportement répandu. La plupart des lésions anciennes identifiées étaient largement cicatrisées, ce qui suggère que les morsures n’étaient pas mortelles et qu’elles étaient infligées à plusieurs reprises au cours de la vie d’un dinosaure, une fois qu’il avait atteint sa maturité sexuelle.

Si les mâles étaient plus susceptibles de présenter ces lésions, les crânes de certaines femelles présentaient également des marques de morsure. Selon les chercheurs, un tel comportement serait intervenu dans le cadre de luttes de territoire, pour protéger des ressources, écarter de potentiels rivaux, ou faisait partie de la parade nuptiale des T. rex. Une idée appuyée par des analyses antérieures, qui avaient mis en évidence des morsures infligées par des représentants de la même espèce, suggérant que ces derniers étaient parfois amenés à se battre.

Vue d’artiste d’une « rixe » entre deux tyrannosaures

Bien que certains de leurs descendants modernes adoptent un comportement similaire, la plupart sont loin de se montrer aussi féroces que leurs illustres ancêtres : les oiseaux comptent généralement sur le chant et la danse pour intimider leurs rivaux et impressionner leurs partenaires potentiels. La violence des interactions observées chez les T. rex s’expliquerait par leur nature même : ils exploitaient simplement leurs monstrueux attributs (de puissantes mâchoires et une peau très épaisse).

« Fight Club » version dino

L’emplacement et l’orientation des motifs de morsure identifiés dans l’étude suggèrent que les T. rex se tenaient côte à côte lorsqu’ils se battaient, balançant leur tête afin de saisir le crâne ou la mâchoire inférieure de leur opposant avec leurs dents. Alors qu’une morsure appuyée pouvait transpercer la peau et laisser une marque circulaire au niveau de l’os de la mâchoire, un coup oblique n’engendrait généralement qu’une légère éraflure.

Des « joutes » semblables ont été observées chez les crocodiles, les salamandres et certains alligators. Celles-ci étant précédées par des postures agressives et autres techniques d’intimidation, les auteurs de l’étude estiment qu’un tel schéma aurait également pu intervenir chez le roi des dinosaures. Bien qu’il ne s’agisse que de conjectures, cette analyse poussée des marques de morsure de T. rex possède des implications plus larges.

« Alors que les dinosaures carnivores, ayant évolué plus tôt, avaient encore un comportement semblable à celui des crocodiles lorsqu’ils se battaient entre eux, celui-ci a disparu avec l’apparition des plumes, ayant permis de remplacer la morsure par l’exhibition, comme c’est le cas chez les oiseaux modernes », commente le paléontologue Paul Barrett. « Pouvoir obtenir de telles informations à partir de fossiles, avec des comportements figés dans le temps sous forme de marques sur leurs os, est incroyable. »

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