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Sur la Lune, cette sculpture de 8,5 cm raconte un épisode méconnu de l’histoire d’Apollo 15

Elle tient presque dans la paume d’une main et repose pourtant sur la Lune depuis 1971. Pourquoi cette étrange silhouette en aluminium, déposée par les astronautes d’Apollo 15, a-t-elle déclenché une querelle mêlant art, mémoire, argent et règles de la NASA ?

La sculpture Fallen Astronaut et sa plaque commémorative posées dans la poussière lunaire près du module Apollo 15.
Déposée sur la Lune en 1971 lors de la mission Apollo 15, la petite sculpture Fallen Astronaut accompagne une plaque rendant hommage à quatorze astronautes et cosmonautes disparus – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Dans la poussière lunaire, Apollo 15 laisse derrière lui un mémorial inattendu

Le 2 août 1971, David Scott et James Irwin terminent leur exploration du site Hadley-Apennine. Pendant ce temps, le module lunaire Falcon attend leur retour. Les deux astronautes installent discrètement un petit mémorial avant de repartir. Une plaque porte quatorze noms et, juste à côté, une figurine d’aluminium repose dans la poussière lunaire.

Ces noms appartiennent à des astronautes américains et à des cosmonautes soviétiques morts pendant les premières années de la conquête spatiale. La liste cite notamment Youri Gagarine, Vladimir Komarov et les trois membres de Soyouz 11. En pleine guerre froide, ce rapprochement entre les deux camps possède une forte portée symbolique.

La petite silhouette révèle alors le travail d’un artiste belge fasciné par l’espace

La figurine porte le nom de Paul Van Hoeydonck, un artiste anversois. Depuis les années 1960, il explore les liens entre art, technologie et cosmos. Le Smithsonian conserve une réplique attribuée au sculpteur. Sa forme dépouillée réduit l’être humain à une silhouette abstraite, sans drapeau ni visage. L’histoire de sa création reste toutefois complexe. Van Hoeydonck et David Scott n’en donnent pas toujours la même version.

Leurs récits divergent sur la conception exacte de l’objet. Dans un témoignage publié en 2021, Scott affirme que des employés de la NASA ont conçu et usiné la figurine définitive. Le public apprend l’existence de l’œuvre après le retour d’Apollo 15. Le 12 août 1971, Scott présente la plaque et la statuette lors d’une conférence de presse à Houston. Le secret lunaire quitte alors Hadley et entre progressivement dans l’histoire de l’art et de l’exploration spatiale.

Quelques mois plus tard, une édition à 750 dollars provoque la colère de la NASA

Le Smithsonian souhaite rapidement exposer une réplique. Van Hoeydonck en remet une au musée en 1972. L’affaire change ensuite de dimension : la Waddell Gallery annonce une série de 950 exemplaires signés, vendus 750 dollars pièce. Cette initiative transforme un hommage lunaire en objet de collection, au risque de brouiller la frontière entre mémoire, création artistique et exploitation commerciale.

La NASA et les astronautes jugent cette vente contraire à l’esprit du mémorial. L’agence vient aussi de subir l’affaire des enveloppes postales transportées par Apollo 15. Elle veut donc écarter tout soupçon de profit personnel. Sous cette pression, le projet commercial disparaît rapidement.

Cinquante-cinq ans plus tard, cette œuvre minuscule continue de changer de statut

Van Hoeydonck meurt le 3 mai 2025, à l’âge de 99 ans. Sa statuette est alors devenue son œuvre la plus célèbre. Après sa disparition, le musée d’art contemporain d’Anvers salue une figure majeure du « Space Art ». Ce courant associe exploration scientifique, technologies et création artistique.

Une nuance s’impose désormais. Pendant longtemps, Fallen Astronaut a été présentée comme la seule œuvre installée sur la Lune. Ce statut a changé en février 2024, lorsque l’alunisseur Odysseus a transporté 125 petites sculptures du projet Moon Phases, signé Jeff Koons.

La silhouette d’Apollo 15 conserve malgré tout une force particulière. Aucun musée ne peut déplacer l’original et aucun visiteur ne peut l’observer directement. Elle se fond peu à peu dans le paysage lunaire. Ce mémorial inaccessible rappelle que les premières missions spatiales transportaient aussi des souvenirs, des symboles et des débats très terrestres.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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