
De nouveaux séquençages du suaire de Turin, supposé avoir enveloppé le corps de Jésus peu après sa crucifixion, ont révélé une grande variété de matériel génétique, aussi bien humain et animal que végétal.
Un artefact controversé
Mesurant 4,4 mètres de long pour un peu plus d’un mètre de large, le saint suaire est l’un des artefacts chrétiens les plus célèbres et controversés. Si sa première localisation attestée remonte à 1354 en France, depuis près de 500 ans, il se trouve à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin, dans le nord de l’Italie.
À la fin des années 1980, le radiocarbone et la spectrométrie de masse avaient permis de situer sa fabrication entre 1260 et 1390, excluant la possibilité que le visage imprimé sur le tissu soit celui de Jésus. Cette datation a été régulièrement contestée au cours des décennies suivantes.
En procédant à la réanalyse d’un échantillon prélevé en 1978, Gianni Barcaccia, de l’université de Padoue, et ses collègues ont mis en évidence une diversité remarquable d’ADN, remontant à la fois à l’époque médiévale et moderne.
Researchers have identified genetic material from a vast range of organisms contaminating the shroud, said to have wrapped Jesus's body, further complicating the question of the cloth's true origin https://t.co/BveqLnsfpX
— New Scientist (@newscientist) March 30, 2026
Parmi les animaux identifiés figurent chats et chiens domestiques, poulets, bovins, chèvres, moutons, porcs, chevaux, cerfs et lapins. L’équipe évoque également différents poissons (mulet, morue…), des crustacés, des insectes (mouches, pucerons…) ainsi que des arachnides (acariens et tiques). Les espèces végétales mises en évidence (blé, tomates, pommes de terre…) suggèrent des contaminations essentiellement intervenues après l’établissement de routes commerciales majeures entre l’Asie, l’Amérique et l’Europe.
De possibles origines indiennes
Selon les auteurs de la nouvelle étude, pré-publiée sur le serveur Biorxiv, les traces d’ADN humain identifiées indiquent que de nombreuses personnes ont manipulé le suaire.
« Près de 40 % du matériel génétique humain trouvé sur le suaire a été rattaché à des lignées indiennes, ce qui pourrait s’expliquer par des interactions historiques ou par le fait que les Romains importaient du lin de régions proches de la vallée de l’Indus », explique Barcaccia. « De telles découvertes suggèrent une exposition probablement importante du tissu dans la région méditerranéenne et la possibilité d’une production du fil en Inde. »
Pour Anders Götherström, de l’université de Stockholm, la datation de 1988 reste à ce jour la plus fiable. « Je ne vois toujours pas de raison de douter que le Suaire soit français et date du XIIIe ou XIVe siècle », détaille-t-il. « Il s’agit d’un artefact religieux important, dont l’histoire est peut-être plus intéressante que ses supposées origines légendaires, sans bases scientifiques solides. »
Précédemment, un manuscrit vieux de 670 ans avait questionné l’authenticité de l’objet.
Par Yann Contegat, le
Source: New Scientist
Étiquettes: adn, jésus, suaire de Turin
Catégories: Actualités, Histoire