Représentation artistique d’un Spinosaurus chassant un Onchopristis — © Davide Bonadonna

De nouvelles analyses ont permis de confirmer que le spinosaure, plus grand dinosaure prédateur connu, était un carnivore « aquatique », n’hésitant pas à poursuivre ses proies alors qu’il était complètement immergé.

Un mystère tenace

Les paléontologues ont longtemps pensé que ce géant de la fin du Crétacé, qui mesurait jusqu’à 18 mètres de long pour un poids avoisinant les 20 tonnes, chassait des créatures aquatiques, mais la question de savoir s’il nageait ou s’il restait partiellement immergé à proximité du rivage, se contentant d’attraper ses proies comme le ferait un héron, n’avait jamais pu être clairement tranchée.

Au cours de la dernière décennie, une équipe dirigée par Nizar Ibrahim, de l’université de Portsmouth, a mis au jour différents restes fossilisés de spinosaure dans le désert du Sahara, ayant révélé que la créature présentait des dent arrondies, des narines rétractées, des membres postérieurs courts, des pattes palmées et une queue en forme de nageoire.

Si ces éléments semblaient clairement indiquer un mode de vie aquatique, les chercheurs ont récemment pu le démontrer, en comparant la densité osseuse du mastodonte préhistorique à celle de centaines d’espèces éteintes et actuelles, évoluant aussi bien dans l’eau que sur la terre ferme.

Crâne (et squelette post-crânien) de Spinosaurus aegyptiacus obtenu à partir d’individus différents — © Didier Descouens

« Au sein du règne animal, la densité osseuse peut révéler si une créature est capable de s’immerger entièrement et de nager », souligne Matteo Fabbri, paléontologue au Field Museum de Chicago. « Des étude antérieures ont notamment révélé que les mammifères adaptés à l’eau possèdent un os dense et compact à l’arrière de leur crâne, leur permettant d’évoluer efficacement sous la surface. »

Des analyses minutieuses

Alors que les espèces devant s’immerger entièrement pour trouver leur nourriture présentent des os presque entièrement solides, ces derniers s’avèrent creux chez les créatures essentiellement terrestres.

Récemment publiée dans la revue Nature, la nouvelle analyse a impliqué la comparaison de coupes transversales d’os de 250 espèces (incluant des reptiles marins disparus comme les mosasaures et les plésiosaures) à celles du spinosaure et de ses proches parents (Baryonyx et Suchomimus). Ce qui a permis de lier de façon claire la densité osseuse de ce géant préhistorique à une immersion totale.

Si le baryonyx présentait une densité osseuse similaire, le suchomimus, qui possédait de longues mâchoires semblables à celles des crocodiles, avait des os plus creux, impliquant qu’il se contentait de chasser près du rivage.

Représentation d’un Baryonyx, originaire du Surrey en Angleterre, nageant dans une ancienne rivière avec un poisson dans la gueule — © Davide Bonadonna

« L’avenir de la paléontologie »

« Les études collaboratives comme celle-ci, qui s’appuient sur des centaines de spécimens, constituent l’avenir de la paléontologie », estime Jingmai O’Connor, conservatrice au Field Museum et co-auteure de l’étude. « Elles prennent beaucoup de temps, mais elles permettent aux scientifiques de faire la lumière sur de grands modèles. »

Pour Ibrahim et ses collègues, la prochaine étape consistera à déterminer précisément comment le spinosaure se serait déplacé sous l’eau.

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