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Pour la première fois, un singe chimérique est né dans un laboratoire

Cette expérience regorge d’implications pour la médecine mais pose aussi des questions éthiques

singe-chimerique
© Cell / Cao et al.

Une avancée scientifique majeure a été réalisée avec la naissance du tout premier singe chimérique contenant une proportion significative de cellules dérivées de cellules souches embryonnaires. Publiée dans la revue Cell, cette réalisation, auparavant considérée comme extrêmement complexe, représente un jalon dans la recherche biomédicale.

Le chimère de singe

Une chimère est un être dont le corps est constitué de cellules génétiquement distinctes, présentant deux ensembles d’ADN différents. Bien que le chimérisme puisse se produire naturellement au sein d’une espèce, il est rare chez l’Homme. En laboratoire, des chimères ont déjà été créées chez des rongeurs, mais cette prouesse s’est avérée plus difficile à réaliser chez des primates non humains.

Zhen Liu, le principal auteur de l’étude, a exprimé sa satisfaction en déclarant que la réalisation d’un singe chimérique avec une contribution élevée de cellules souches pluripotentes homologues était un objectif de longue date dans ce domaine. L’étude a été réalisée sur des singes cynomolgus, également connus sous le nom de macaques mangeurs de crabes, une espèce robuste dans la recherche biomédicale. 

Les chercheurs ont mis au point neuf lignées de cellules souches à partir d’embryons de cynomolgus, âgés de 7 jours. La particularité de cette étude réside dans l’utilisation d’une protéine fluorescente verte pour marquer les cellules souches, facilitant le suivi de leur développement. Ces cellules souches marquées ont ensuite été injectées dans des embryons de singe âgés de 4 à 5 jours et implantées dans des femelles singes. 

La contribution des cellules souches

Sur les 12 grossesses et les six naissances vivantes résultantes, un seul singe né vivant et un autre ayant fait une fausse couche ont été identifiés comme des chimères, avec des cellules provenant des cellules souches marquées présentes dans tout leur corps. Les tissus issus de ces cellules donneuses étaient divers, incluant le cerveau, le cœur, les reins, le foie, le tractus gastro-intestinal, les gonades et le placenta. 

Une analyse approfondie a révélé que, dans le cas du singe chimérique vivant, les cellules souches ont contribué de manière significative à la formation de ces tissus, allant de 21 à 92 %, avec une moyenne de 67 % pour les 26 tissus testés. Miguel Esteban, co-auteur du rapport, a déclaré dans un communiqué : « Dans cette étude, nous avons fourni des preuves solides que les cellules souches pluripotentes naïves de singe possèdent la capacité de se différencier in vivo en tous les tissus qui composent le corps d’un singe. »

Applications pratiques

La naissance de ce singe chimérique marque une étape historique dans la recherche biomédicale, ouvrant de nouvelles perspectives sur la pluripotence des cellules souches chez les primates. Outre son impact sur la compréhension scientifique, cette avancée ouvre la porte à des applications pratiques, notamment dans le domaine du génie génétique et de la conservation des espèces. 

Les cellules souches pluripotentes de singe, cultivées en laboratoire, pourraient être génétiquement modifiées, permettant ainsi la création de singes génétiquement modifiés avec transmission germinale, une avancée aux implications révolutionnaires. L’équipe de recherche travaille actuellement à améliorer l’efficacité de sa méthode pour générer des singes chimériques et souhaite explorer les mécanismes sous-jacents à la survie des cellules souches de singe injectées dans leur hôte. 

Par Eric Rafidiarimanana, le

Source: IFL Science

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