Une dizaine de paysans cambodgiens ont fait le déplacement jusqu’en France pour poursuivre le groupe français Bolloré en justice. Ils accusent la compagnie d’avoir détruit leur forêt et bouleversé leur mode de vie.

Ils ont parcouru 10 000 km pour obtenir justice

C’est un choc des cultures qui s’est déroulé au tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) le mardi 1er octobre dernier.
Des paysans cambodgiens, une dizaine en tout, de la communauté Bunong de l’est du pays ont fait le déplacement au nom de 80 plaignants jusqu’en France pour se défendre face au groupe Bolloré ainsi que sa filiale Compagnie du Cambodge et la Socfin-KCD, une société de droit cambodgien.

Il y a quatre ans, les plaignants ont saisi la justice française pour réclamer réparation envers le groupe de l’homme d’affaires français accusé d’avoir détruit leur forêt qu’ils considèrent comme sacrée. Les villageois cambodgiens, accompagnés de leur avocat Fiodor Rilov, d’interprètes et de journalistes, espèrent bien obtenir réparation.

Leur mode de vie a été totalement perturbé

C’est en 2007 que tout commence. Socfin-KDC prend la décision d’implanter en masse des hévéas, les arbres à caoutchouc, au Cambodge. Mais sur ces terres, l’écosystème local est maintenant complètement bouleversé. Ces paysans originaires de la province de Mondol Kiri, à l’est du Cambodge, les Bunongs, ont vu leurs paysages et leur mode de vie, fondés sur une agriculture itinérante et la collecte de produits de la forêt, changer à cause de ces plantations d’hévéas. Ils se sont retrouvés totalement impuissants face aux agissements de multinationales implantées à plus de 10 000 kilomètres de leur pays.

En 2015, certains villageois ont eu le courage d’attaquer Bolloré en France pour réclamer la restitution de leurs terres ainsi que des dommages et intérêts. Ils accusent la Socfin-KCD d’avoir entamé leur programme sans concertation avec les populations et de façon illégale. Le groupe Bolloré, premier actionnaire de la Socfin-KCD avec 39 % de son capital, conteste toute responsabilité dans cette affaire.

Ce n’est pas la première fois que le groupe Bolloré est attaqué. Au Cameroun, des ONG avaient accusé le groupe de déforestation et d’accaparer les terres.

Des hommes et des femmes en colère

« Cette société est venue investir dans mon village mais ils n’ont pas respecté la loi. Ils n’ont pas obtenu le consensus du village. Je demande qu’on me rende ma terre », a déclaré Soang Prou, l’une des plaignantes.

« Il y a des années, la forêt et les animaux sauvages suffisaient à notre quotidien. Quand la compagnie est arrivée, nous avons perdu notre terre et notre culture », affirmait à son tour Tola Kroeung au Parisien. Les plaignants souhaitent « justice pour (leurs) familles » et espèrent « que la justice française soit plus indépendante » que chez eux. En effet, leurs plaintes n’ont pas été entendues par la justice cambodgienne.

L’enjeu de la dernière audience était de démontrer que Terres Rouges Consultant, une société liquidée en 2012 et installée dans la tour Bolloré, gérait les plantations. La défense, quant à elle, demande aux Cambodgiens de fournir des documents prouvant qu’ils disposent bien du droit de propriété des terres où ont eu lieu les plantations d’hévéas. Le dénouement de cette affaire aura lieu le 8 novembre prochain.

Image d’illustration
Crustmania/Flickr

COMMENTEZ

Inscrivez-vous ou connectez-vous pour commenter
avatar
  S’abonner  
Notifier de