La Dernière Prière des martyrs chrétiens, par Jean-Léon Gérôme (1883) — © Walters Art Museum

Si le fait de jeter des prisonniers, esclaves ou criminels à des fauves affamés était un châtiment répandu dans une grande partie de l’Empire romain, ce n’est que récemment que des archéologues ont identifié des indices suggérant de telles exécutions outre-Manche.

Une pièce unique en son genre

Au cours de fouilles réalisées sur un site archéologique de la ville de Leicester, des chercheurs du King’s College de Londres sont tombés sur une poignée romaine en bronze richement décorée. Décrit dans la revue Britannia, l’objet représente un homme opposé à un lion, sous les yeux de quatre enfants apeurés. Selon l’équipe, cet artefact unique découvert sous le sol d’une ancienne demeure montre que la Damnatio ad bestias (condamnation aux bêtes) avait également cours dans certaines colonies impériales de Grande-Bretagne.

« Lorsque nous sommes tombés dessus pour la première fois, l’artefact nous est apparu comme un objet en bronze indiscernable, mais après l’avoir soigneusement nettoyé, nous avons repéré plusieurs petits visages. C’était absolument stupéfiant », explique Gavin Speed, auteur principal de l’étude.

L’apparence de l’homme représenté (cheveux longs, barbe épaisse et torse nu) suggère qu’il s’agissait d’un « barbare », terme désignant toute personne n’étant ni romaine, ni grecque. Enroulé autour du corps de sa victime, un lion à la gueule grande ouverte semble sur le point de porter le coup fatal, tandis que l’expérience douloureuse vécue par les quatre jeunes témoins évoque le sort qui attendait les familles de ceux qui oseraient s’opposer à l’Empire romain.

Une interprétation prudente de la poignée pourrait y voir une représentation générique de la Damnatio, cependant, différents travaux suggèrent que de tels spectacles avaient lieu outre-Manche. De récentes analyses de restes humains provenant du mur de Londres et de tombes d’un cimetière situé au sud-ouest de la York romaine ont permis d’établir un lien plausible avec la violence des arènes. Dans les deux cas, les ossements étaient ceux d’hommes adultes d’origines géographiquement diverses, qui présentaient de fréquents signes de traumatismes violents, survenus au cours de leur vie et ayant entraîné leur mort.

Des spectacles probablement communs en Grande-Bretagne

« Le bassin d’un individu de York présentait de possibles blessures par perforation causées par un animal n’ayant pas encore été identifié, ce qui nous rapproche un peu plus d’un contexte probable de spectacle dans lequel des humains trouvaient la mort après avoir été jetés en pâture à des animaux. En tenant compte de ces éléments, et des preuves d’exécutions de prisonniers dans de nombreuses provinces romaines, il n’est pas impossible que la création de la poignée ait été directement inspirée par un spectacle ayant eu lieu en Grande-Bretagne, voire peut-être dans le théâtre adjacent », écrivent les chercheurs.

L’artefact lui-même a probablement été forgé un siècle ou plus après la conquête de la Grande-Bretagne par Rome, sous l’impulsion de l’empereur Claude en 43 après J.-C. À en juger par ses ornements complexes, il s’agissait probablement d’un objet décoratif ou d’une sorte de talisman destiné à protéger la demeure et ses occupants.

Outre la poignée, les archéologues travaillant sur le site romain de Leicester ont également découvert une mosaïque parfaitement préservée, des routes et les fondations d’un théâtre antique. À l’issue d’importants travaux de rénovation devant s’achever en 2023, la poignée sera exposée au Jewry Wall Museum de Leicester.

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