Une nouvelle étude a montré que les rhinocéros noirs ayant des oiseaux appelés pique-bœufs à bec rouge perchés sur le dos évitaient mieux les humains. En effet, ces volatiles aident les mammifères à détecter et éviter la présence des braconniers. En échange, ils peuvent se nourrir sur le corps de leur hôte. Un échange de bons procédés très efficace.

Le pique-bœuf, « gardien des rhinocéros »

Dans la nature, de nombreux animaux ont des interactions mutualistes, c’est-à-dire qui bénéficient aux deux animaux. C’est notamment le cas pour le pique-bœuf à bec rouge (Buphagus erythrorhynchus) et le rhinocéros noir (Diceros bicornis) : l’oiseau se nourrit sur le corps de son hôte, qui est alors débarrassé de ses parasites. Mais le bénéfice va bien au-delà, puisque l’oiseau aiderait les mammifères à échapper aux braconniers.

Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Current Biology, deux chercheurs, Roan Plotz et Wayne Linklater, ont mené des observations dans la réserve de Hluhluwe-Umfolozi, à l’est de l’Afrique du Sud. Ils ont remarqué que les rhinocéros qui portaient sur leur dos des oiseaux détectaient et évitaient les humains bien plus efficacement que les rhinocéros solitaires grâce au cri d’alarme que pousse le volatile. Pas étonnant qu’en langue swahili, le pique-bœuf à bec rouge se nomme Askari wa kifaru, soit « gardien des rhinocéros » !

— MicheleB / Shutterstock.com

27 mois de suivi d’une centaine de rhinocéros

Les chercheurs ont suivi pendant 27 mois deux groupes de rhinocéros dans la réserve sud-africaine. Le premier groupe, composé de 14 individus, portait des émetteurs radio permettant de les localiser à tout moment sans avoir à s’approcher des animaux. Le second groupe, constitué d’une centaine d’individus, n’en portait pas. Les chercheurs cherchaient alors à localiser les mammifères et à déterminer s’ils portaient ou non des oiseaux sur le dos. « Nous avons estimé qu’entre 40 et 50 % de toutes les rencontres possibles avec les rhinocéros noirs ont été entravées par la présence des pique-bœufs », affirme Roan Plotz.

Ils ont ensuite réalisé des essais qui consistaient à s’approcher des animaux en présence, ou non, de pique-bœufs et à observer leur comportement. Au bout de 86 tentatives, ils ont constaté que tous les rhinocéros portant un ou plusieurs oiseaux sur leur corps ont montré des signes qui suggéraient qu’ils avaient détecté la présence d’un humain. En l’absence des oiseaux au contraire, les mammifères n’ont montré de tels signes que dans 23 % des cas. « À cause du cri d’alarme de l’oiseau, les rhinocéros avec pique-bœufs ont détecté l’approche humaine dans 100 % de nos essais et à une distance moyenne de 61 mètres – soit quatre fois plus que lorsque les rhinocéros étaient seuls », explique le chercheur. Mieux encore, plus le rhinocéros portait de pique-bœufs sur son dos, plus la distance de détection d’un humain augmentait.

Une solution contre le braconnage ?

Si le rhinocéros possède un odorat sensible et une ouïe fine, il est en revanche « aussi aveugle qu’une chauve-souris. Si les conditions le permettent, un chasseur peut s’approcher d’un rhinocéros à cinq mètres, tant qu’il reste dans le bon sens du vent », explique dans un communiqué Roan Plotz, chercheur à l’université de Victoria en Australie. Le pique-bœuf à bec rouge en revanche possède une vue perçante, et a l’habitude d’émettre des cris perçants lorsqu’un prédateur, et donc un humain, s’approche. Les rhinocéros ont donc pris l’habitude d’écouter les cris d’avertissement des oiseaux qui, en échange, se nourrissent des tiques, des parasites et des lésions sur leur corps. « Les pique-bœufs agissent comme une première ligne de défense de type sentinelle pour les rhinocéros noirs (Diceros bicornis) en danger critique d’extinction en appelant lorsqu’ils détectent des braconniers qui avancent », explique le chercheur dans un communiqué de son université.

« Les chasseurs qui marchent sous le vent peuvent approcher dans un rayon de cinq mètres sans être remarqués », explique Roan Plotz. Or, lorsqu’un rhinocéros entend les cris d’alarme des oiseaux, il se réoriente presque toujours pour faire face au vent, comme l’ont montré les tests des chercheurs. « C’est l’angle mort sensoriel qui le rend vulnérable et la direction à partir de laquelle les humains préfèrent chasser ce gros gibier. »

Cette découverte pourrait ouvrir de nouvelles voies pour protéger les rhinocéros contre le braconnage. En effet, très convoités pour leurs cornes, plus de 9 000 rhinocéros ont été tués illégalement entre 2008 et 2018 en Afrique du Sud, où se trouvent 80 % des rhinocéros africains. À cause du braconnage, les rhinocéros africains figurent depuis longtemps maintenant sur la liste des espèces en danger, menacées d’extinction. Pour Roan Plotz, réintroduire ces oiseaux auprès des populations de rhinocéros pourrait aider à leur conservation en aidant ces animaux à repérer les braconniers. « Bien que nous ne sachions pas si la réintroduction des oiseaux puisse significativement réduire les impacts de la chasse, nous savons que les pique-bœufs aideraient les rhinocéros à échapper à la détection, ce qui serait en soi un grand bénéfice », affirme le spécialiste.

Le pique-bœuf à bec rouge — Bernard DUPONT / Wikipedia

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