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La Reine Rouge de Palenque, cette énigmatique figure maya qui fascine les archéologues

Elle était recouverte d’un minéral écarlate hautement toxique

Depuis des décennies, archéologues et historiens tentent de percer le mystère de la Reine Rouge de Palenque. Entièrement recouverts de poussière écarlate, ses restes ont été exhumés d’un tombeau maya en 1994, mais sa véritable identité n’a jamais été confirmée.

Situées dans l’État mexicain du Chiapas, les ruines de la cité de Palenque, que les Mayas nommaient Lakamha, sont entourées par une jungle dense. Il s’agit de l’un des plus anciens sites associés à cette civilisation précolombienne, qui recèle encore bien des mystères.

Palenque connaît son apogée au VIIe siècle, en devenant une véritable capitale maya sous le règne de K’inich Janaab’ Pakal Ier (qui aurait fait un malheur au Scrabble). Avec ses temples et palais imposants dotés de somptueux ornements, elle est souvent comparée à Tikal, au Guatemala.

Parmi les édifices les plus impressionnants de Palenque, on retrouve les ruines de la pyramide des Inscriptions, haute de 27 mètres, qui abrite les hiéroglyphes mayas les plus détaillés jamais découverts.

En 1952, l’archéologue franco-mexicain Alberto Ruz découvre en son sein une chambre funéraire secrète abritant le tombeau de K’inich Janaab’ Pakal Ier. Il faut ensuite attendre 1994 avant qu’une nouvelle découverte d’envergure ne soit réalisée.

Arnoldo Gonzalez Cruz, alors directeur des fouilles archéologiques, ordonne l’excavation du temple XIII, situé à proximité de la pyramide des Inscriptions. Un impressionnant tunnel est creusé au niveau de la façade de l’édifice afin de permettre aux archéologues d’accéder à ses entrailles.

Son équipe y découvre un vaste couloir qui dessert trois chambres funéraires. Si deux d’entre elles sont déjà ouvertes… et vides, l’entrée de la troisième, scellée par un mur épais, semble intacte.

Reine Rouge
La pyramide des Inscriptions (à gauche) et le temple XIII (à droite) © AlejandroLinaresGarcia / Wikipedia

Les archéologues sentent qu’ils sont sur le point de faire une découverte majeure, et prennent de nombreuses précautions afin de ne pas endommager les objets et ornements se trouvant à l’intérieur.

Ils percent d’abord un trou dans le mur afin de bénéficier d’un aperçu de l’intérieur de la chambre funéraire. Selon Gonzalez Cruz, la salle mesure environ quatre mètres sur deux et demi et renferme un imposant sarcophage fait de roche calcaire et entouré d’artefacts en céramique.

Il est ensuite décidé de déplacer avec une extrême précaution les pierres qui scellent le tombeau depuis près de 1 400 ans. À l’intérieur, les archéologues découvrent deux squelettes.

Le premier est celui d’un adolescent âgé d’environ 11 ou 12 ans, allongé sur le dos. Les os de sa cage thoracique présentent de nombreuses entailles, laissant penser qu’il a été sacrifié.

Le second est celui d’une femme d’une trentaine d’années. Étendu sur le sol, il présente les mêmes stigmates que celui du jeune adolescent, suggérant un sort similaire.

Un bloc de roche calcaire et une lourde dalle ferment le sarcophage, et les archéologues découvrent une minuscule ouverture circulaire sur sa partie supérieure, censée permettre à l’âme du défunt de communiquer avec le monde des vivants selon les croyances mayas. Ils y glissent une petite caméra pour examiner l’intérieur.

Constatant qu’il s’agit d’ossements humains, ils décident d’ouvrir le tombeau. À l’aide d’un système archaïque constitué de bouts de bois et d’un cric de voiture, l’équipe parvient à soulever la lourde dalle qui ferme le sarcophage.

Reine Rouge
— © Kim Alaniz / Flickr

Tout, à l’intérieur, y compris un masque funéraire étonnamment bien conservé, est recouvert d’une poudre rouge qui se révèle être du cinabre, extrêmement toxique.

Composé de sulfure de mercure, ce minéral était à l’origine utilisé par les artistes mayas comme pigment, et de nombreux exemples de son utilisation lors de rites funéraires mayas ont été observés sur différents sites archéologiques mexicains.

Considérée comme sacrée, la couleur rouge pourrait représenter un soleil levant, symbole de résurrection, et témoigne aussi du rang élevé de l’occupante du sarcophage, que les scientifiques nomment désormais Reine Rouge.

De 1997 à 2002, des analyses complémentaires des ossements révèlent qu’elle était âgée d’une cinquantaine d’années et mesurait environ 1,50 m.

Sa chambre funéraire composée intégralement de roche calcaire et son tombeau richement décoré suggèrent qu’elle appartenait à l’aristocratie de Palenque et était probablement contemporaine de K’inich Janaab’ Pakal Ier.

Une hypothèse appuyée par leurs inhumations dans des temples proches et accompagnées dans les deux cas de sacrifices humains.

Les chercheurs parviennent ensuite à reconstituer numériquement le visage de la Reine Rouge et comparent ensuite son portrait au masque vert malachite retrouvé dans son tombeau. Les analyses ADN pratiquées prouvent quant à elles que K’inich Janaab’ Pakal Ier et la reine ne possédaient pas de liens de parenté directs.

Reine Rouge
Le masque funéraire de K’inich Janaab’ Pakal Ier (à gauche) et celui d’Ix Tz’akb’u Ajaw (à droite) — © Wolfgang Sauber / Wikimedia Commons

Suite à ces découvertes, les scientifiques identifient le corps comme étant celui d’Ix Tz’akb’u Ajaw (à vos souhaits), que le roi maya K’inich Janaab’ Pakal Ier aurait épousé en 626 de notre ère. La découverte des tombeaux de leurs descendants et le séquençage génétique de leurs restes permettrait de confirmer définitivement l’identité de la Reine Rouge.

Pour aller plus loin, découvrez Nixtun-Ch’ich’, la mystérieuse cité maya rappelant un crocodile.

Par Yann Contegat, le

Source: National Geographic

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