À l’heure où la déforestation et le réchauffement climatique sont au cœur des préoccupations environnementales, une étude vient de confirmer que notre planète était aujourd’hui plus verte qu’elle ne l’était il y a vingt ans. Une excellente nouvelle qui doit cependant être relativisée dans certains coins du globe. Explications.

 

La surface boisée récupérée est équivalente à celle de la forêt amazonienne

S’appuyant sur les clichés de la planète bleue capturés par les satellites de la Nasa depuis 1999, cette nouvelle étude parue dans la revue Nature Sustainability vient de confirmer que la Terre a reverdi de 5,4 millions de km2 entre 2000 et 2017. Si les pays européens, la Russie, le Canada et l’Australie font figure de bons élèves en matière de revégétalisation, la palme revient contre toute attente à la Chine et à l’Inde, pourtant réputés pour faire passer l’industrialisation avant la protection de l’environnement. Comme l’explique Chi Chen, exerçant à l’Université de Boston et auteur principal du rapport : « C’est une découverte surprenante, compte tenu de la dégradation des sols due à la surexploitation dans les pays très peuplés ».

À elles seules, la Chine et l’Inde représentent 33 % de cette revégétalisation mondiale. Due à 42 % à la reforestation contre 32 % à l’extension des terres agricoles pour l’Empire du Milieu, elle à l’inverse largement attribuable à l’agriculture en Inde, en étant responsable à plus de 80 % contre seulement 5 % pour la reforestation. La Chine a perdu environ huit millions d’hectares de forêts entre 2001 et 2016 selon Global Forest Watch, mais les coûteux plans de reforestation mis en place par le gouvernement chinois entre 2012 et 2017 ont permis de porter la superficie des forêts du pays à 208 millions d’hectares. Grâce aux nombreux programmes environnementaux prévus dans les années à venir, les forêts devraient occuper 23 % du territoire chinois en 2020, et ce chiffre pourrait atteindre 26 % à l’horizon 2035.

 

Des résultats encourageants qui doivent toutefois être nuancés

Si les efforts déployés par la Chine pour atténuer la dégradation des sols, la pollution de l’air et le changement climatique s’inscrivent dans la durée, c’est malheureusement loin d’être le cas pour l’Inde, où les bons résultats en matière de revégétalisation sont principalement imputables au développement de l’agriculture intensive. Surexploités et noyés sous les engrais chimiques, ceux-ci vont s’épuiser beaucoup plus rapidement. Comme le précise Frédéric Landy, professeur à l’Université de Paris-Nanterre : « Avec deux ou trois cultures par an, imaginez le coût écologique en termes d’engrais chimiques, de nitrates qui polluent les nappes, nappes d’irrigation souterraines qui disparaissent complètement, épuisées par l’essor des forages ».

En dépit de ces résultats encourageants en matière de révégétalisation (la surface boisée récupérée à l’échelle mondiale étant équivalente à celle de la forêt amazonienne), il reste encore fort à faire dans certains coins du globe où la croissance économique semble passer bien avant les préoccupations environnementales. C’est notamment le cas au Brésil, qui détruit ses forêts à un rythme inquiétant et prévoit de nombreux projets d’urbanisation pour l’Amazonie dans les années à venir, et en Indonésie, où plusieurs entreprises (spécialisées dans la production d’huile de palme et de papier) doivent actuellement plus d’1,3 milliard de dollars de dédommagements au gouvernement après avoir provoqué des incendies de forêts et des destructions majeures selon Greenpeace.

COMMENTEZ

Inscrivez-vous ou connectez-vous pour commenter
avatar
  S’abonner  
Notifier de