― George Rudy / Shutterstock.com

Des chercheurs de l’université du Texas ont relevé les mots « invisibles » de plusieurs milliers de récits, fictifs comme non fictifs. Le résultat de cette expérience prouve que la structure universelle des récits repose sur les mots qui nous semblent être les plus insignifiants, comme les déterminants.

Une recherche inédite

Une étude de l’université du Texas à Austin nous révèle que la structure universelle des récits reposerait sur des mots aussi discrets que « le/la », « un.e » et « cela ». Ces déterminants formeraient ainsi un même schéma à travers tous les récits, quelle que soit la longueur ou le format du texte.

Jamie Pennebaker, co-auteur de cette étude et chercheur en psychologie, atteste que « nous avons tous, intuitivement, une idée de ce qui définit un récit. Mais jusqu’à présent, personne n’avait été capable de déterminer ou de mesurer de manière objective les composantes de cette structure. »

Les experts ont fait analyser par logiciels informatiques près de 40 000 récits de fiction, allant du roman au scénario de film. Les chercheurs ont ainsi pisté les usages de pronoms personnels et des articles, définis ou indéfinis.

Comment des mots insignifiants en apparence peuvent-ils porter le récit ?

Les linguistes ont d’abord identifié un schéma commun aux débuts de divers récits. Celui-ci s’appuie sur une forte densité de prépositions et de déterminants, qui correspond de manière logique à l’endroit du récit où les éléments d’une scène sont nommés pour la première fois.

A mesure que l’intringue progresse, les auteurs intègrent davantage d’auxiliaires, de verbes et de pronoms, garants des interactions qui se créent entre les sujets du récit et l’environnement dans lequel ils évoluent. Par exemple, « la maison » est encline à être désignée par la suite par « sa maison ».

Alors que le récit s’approche du dénouement, les chercheurs remarquent que les narrateurs ont un usage réflexif de la langue, c’est-à-dire propre au retour de la conscience sur elle-même. Les pronoms réfléchis se multiplient, introduisant des structures verbales telles que « se dire » ou « se demander ». Les verbes tels que « penser », « croire » ou « comprendre » sont plus fréquents à cet endroit du récit, précise le rapport de l’étude.

Selon les chercheurs, ce schéma linguistique définirait la manière dont le cerveau humain traite idéalement l’information.

Un usage stratégique de la langue

Ryan Boyd, professeur à l’université de Lancaster ayant participé à cette étude, explique que « si nous voulons créer du lien avec un public, il faut considérer l’information dont ils ont besoin, et qu’ils n’ont pas encore ». Il précise qu' »au début d’un récit, l’humain a besoin de la mise en place d’un ‘langage logique’ pour comprendre le sens du texte. Puis, c’est un flux de verbes et de termes renvoyant à des actions qui sont adéquats pour faire émerger l’intrigue du récit. »

Les chercheurs ont comparé leur schéma des récits fictifs à la construction de plus de 30 000 textes non fictif, dont des articles du New York Times et des TED Talks. Si la plupart montraient des similitudes avec la structure des récits fictifs, chaque genre possédait une organisation propre, qui reflétait les différentes relations qu’ont les auteurs avec leur public, selon la fonction communicationnelle des textes.

Pour prendre l’exemple des TED Talks, leur schéma est sensiblement identique à celui des textes fictifs, à ceci près qu’il ne se conclut pas de manière fermée. Contrairement aux récits fictifs, le TED Talks s’ouvre plutôt qu’il ne conclut, se prolongeant en une abondance de verbes cognitifs tels que « penser », ou de conjonctions comme « parce que », au lieu de faire redescendre la tension narrative. « C’est logique », observe Kate Blackburn, co-autrice de l’étude, « dans le sens où l’ambition de TED Talks est d’inspirer le public, et de le laisser se questionner sur ce qu’il vient d’entendre ». Chaque genre de récit possède ainsi sa logique propre.

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