Une nouvelle tuerie a eu lieu dans le parc national des Virunga, en République démocratique du Congo, faisant 17 victimes. Alors que le parc accuse le Front démocratique de libération du Rwanda (FDLR), ces derniers nient toute responsabilité et reportent la faute sur le gouvernement rwandais, qui aurait envoyé des troupes en RDC.

Une embuscade meurtrière

17 personnes ont été tuées ce vendredi 24 avril dans une embuscade tendue par un groupe armé au sein du parc national des Virunga, refuge des gorilles dans l’est de la République démocratique du Congo, à la frontière du Rwanda. Parmi les victimes, on compte 12 rangers, tous des hommes âgés de 23 à 31 ans, un chauffeur du parc et 4 civils. Trois rangers ont été grièvement blessés, et le pronostic vital est engagé pour deux d’entre eux. Deux autres civils ont également été blessés.

L’attaque a été menée près du quartier général des Virunga à Rumangabo, dans les montagnes du territoire de Rutshuru. « Alors qu’ils revenaient d’une mission vers le quartier général, les gardes ont été victimes d’une attaque lancée par des individus, en nombre et lourdement armés. Les échanges de coups de feu ont duré 30 minutes et furent d’une violence inouïe », ont communiqué les autorités du parc. « Un véhicule de civils se trouvait à proximité et avait déjà été pris pour cible par les assaillants avant l’arrivée des gardes. »

— LMspencer / Shutterstock.com

La dernière d’une longue série

Ce n’est pas la première fois, ni la dernière, que le parc national des Virunga connait de telles tueries. Plus de 150 rangers y ont été tués depuis 2006. Ces vastes zones de forêt tropicale qui abritent des gorilles de montagne menacés (Gorilla beringei beringei) et des chimpanzés de l’est (Pan troglodytes schweinfurthii) sont au cœur de la région des Grands Lacs africains. Or, cette région a subi plus de trois décennies de conflit armé.

À cause de ces tueries, le parc n’a rouvert aux visiteurs qu’en février 2019, après un examen de la sécurité et du renforcement du contingent de 600 gardiens qui patrouillent sur les 7 800 kilomètres carrés du parc. Ces derniers sont chargés de conserver la faune et de protéger le parc, ce qui signifie qu’ils se retrouvent souvent au sein de confrontations avec les milices, a déclaré le chef de la direction de GRAA, Andrew Campbell à Mongabay.

Selon la Game Rangers Association of Africa (GRAA), les milices sont liées à la chasse à la viande de brousse, à la pêche illégale, à l’exploitation forestière et au braconnage, en particulier d’éléphants, pour financer leurs activités.

Chris Galliers, président de la Fédération internationale des rangers (IRF), a déclaré : « Les Virunga ne sont pas étrangers aux tragiques pertes en vies humaines, en particulier les rangers. Cependant, cela ne diminue pas le choc qui a frappé la communauté mondiale des rangers avec l’annonce de l’assassinat insensé de rangers qui, selon les comptes courants, ont mis leur vie en jeu pour défendre les civils qui étaient attaqués par des milices près du village de Rumangabo. »

Les FDLR accusés, ces derniers rejettent la faute sur le Rwanda

L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), qui supervise le parc, a déclaré que le Front démocratique de libération du Rwanda (FDLR), un groupe de rebelles hutus rwandais réfugiés en République démocratique du Congo, et sa branche armée, les Forces combattantes Abacunguzi (FOCA), étaient responsables de l’attaque.

Selon Enough Project, qui enquête et mène des campagnes contre la corruption et les violations des droits de l’homme dans les zones de conflit en Afrique, les FDLR contrôlent la partie sud-ouest des Virunga, profitant de la production de charbon de bois de haute qualité. Les gardes du parc n’ont pas été en mesure de patrouiller dans cette partie du parc depuis les années 1990.

Cependant, dans un communiqué publié lundi, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) « condamnent sans réserve cette attaque ignoble et informent l’opinion nationale qu’elles n’ont rien à voir avec ces forfaits » et accusent le pouvoir rwandais. Ils affirment « que le territoire de Rutshuru est actuellement sous contrôle des militaires rwandais ». « Les FDLR soulignent que l’attaque menée par des militaires de Kagame ce 24 avril s’ajoute à une longue liste de crimes dénoncés par la population locale et certaines autorités congolaises bien informées », déclarent-ils dans le communiqué.

Le président rwandais, Paul Kagame, a affirmé lundi en conférence de presse que, contrairement à ce que les rumeurs laissent entendre, son pays n’a déployé aucun soldat en République démocratique du Congo pour y lutter contre des groupes rebelles. « Le gouvernement de la RDC sait qu’il n’y a pas le moindre soldat [rwandais] dans l’est de la RDC. Vous pouvez me croire, il n’y a aucun soldat des RDF (Forces de défense rwandaises) dans cette partie du monde », a déclaré M. Kagame.

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