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Quand la poste américaine livrait des enfants : retour sur l’improbable faille administrative de 1913

Le 1er janvier 1913, l’administration postale des États-Unis autorise l’envoi de gros paquets. En négligeant d’interdire le transport d’êtres humains, le gouvernement permet involontairement à des parents d’expédier leurs enfants par courrier. Retour sur un vide juridique insolite qui a marqué l’Histoire.

Un jeune enfant portant des timbres sur son manteau se tient devant un wagon postal américain en 1913.
Devant un wagon postal, un enfant vêtu d’un manteau couvert de timbres illustre l’étonnante faille administrative qui permit brièvement d’expédier des enfants par courrier aux États-Unis. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un nourrisson expédié pour 15 cents : le premier voyage postal d’un enfant documenté dans l’Ohio

Dans l’État de l’Ohio, quelques jours après le lancement du nouveau service de messagerie, des parents confient leur nourrisson de huit mois au facteur du quartier. Le petit James Beagle ne pèse alors que cinq kilos et rejoint le domicile de sa grand-mère.

Pour valider l’acheminement, la famille règle simplement quinze cents d’affranchissement. Elle souscrit également une garantie financière de cinquante dollars pour couvrir le trajet. Le facteur livre le petit garçon sans encombre, inaugurant ainsi sans le savoir une pratique hors du commun.

Ce premier transfert démontre la créativité des usagers face au règlement de l’époque. Les autorités de distribution n’avaient pas anticipé qu’une famille utiliserait l’envoi de marchandise pour déplacer un membre de sa tribu. D’autres usagers vont rapidement reproduire cette méthode singulière.

Une faille dans le règlement : comment les limites de poids ont ouvert la porte aux trajets ferroviaires

Jusqu’au début de l’année 1913, le transport postal restreignait les expéditions aux objets de deux kilos maximum. La création du Parcel Post monte ce plafond à vingt-deux kilos. Cette évolution vise d’abord à désenclaver les fermes et à stimuler le commerce local.

Cependant, les textes régissant ce service manquent de précisions quant aux exclusions. Si certains produits dangereux restent proscrits, aucune consigne ne bannit l’acheminement des êtres vivants. Les parents repèrent immédiatement cette opportunité tarifaire en calculant la différence avec un titre de transport ferroviaire.

Des billets de train trop chers : le voyage devenu célèbre de la petite May Pierstorff dans l’Idaho

L’exemple le plus documenté reste celui de May Pierstorff, une enfant âgée de cinq ans vivant dans l’Idaho. Souhaitant l’envoyer chez sa grand-mère, ses parents constatent que le billet de train ordinaire dépasse leur budget. Ils cherchent donc une alternative légale économique.

Pesant un peu plus de vingt-deux kilos, la fillette entre de justesse dans le barème des expéditions autorisées. Ses proches collent cinquante-trois cents de timbres directement sur son manteau avant de la confier aux agents du wagon postal. Elle effectue ainsi l’intégralité du parcours sur les rails.

Au total, environ sept cas similaires surviennent à travers le pays durant cette période. Les archives montrent toutefois que les photographies célèbres exposant des bébés entassés dans les sacoches en cuir sont des mises en scène humoristiques. Les trajets réels se déroulaient sous surveillance vigilante.

Confiance locale et fin d’une tolérance : la fermeture définitive du réseau aux voyageurs en bas âge

À cette époque, le facteur incarne un lien de confiance fondamental au cœur des communautés rurales américaines. Les habitants connaissent personnellement les agents de tournée, ce qui explique pourquoi confier un enfant au réseau postal ne suscitait pas d’inquiétude majeure parmi la population locale.

Face au risque de dérive et au désordre administratif, le gouvernement réagit progressivement. La direction générale des postes interdit explicitement l’envoi d’humains, scellant la fin définitive de cette pratique originale au début des années 1920. La réglementation postale s’est durcie pour éviter toute déviation.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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