Image d’illustration ― Alexander Sviridov / Shutterstock.com

L’amphithéâtre de Richborough, en Grande-Bretagne, vient tout juste de révéler de nouveaux secrets. En effet, ce que les historiens ont pendant longtemps estimé être un couloir de passage vers l’arène était en fait une ancienne cellule de prison destinée aux gladiateurs et aux prisonniers condamnés dans cet amphithéâtre à se battre à mort lors de duels sanglants.

Un ancien amphithéâtre romain dévoile ses secrets

La Grande-Bretagne a longtemps été une colonie de l’Empire romain, et de nombreux territoires en portent encore la trace. Richborough, notamment, se démarque puisqu’il s’agit du premier lieu de débarquement de l’Empire romain en Angleterre, lorsque les troupes romaines cherchaient à conquérir la Grande-Bretagne, en 43 après Jésus-Christ. La ville était alors connue sous le nom de Rutupiae ou Portus Ritupis.

Sous l’Empire romain antique, chaque personne avait un statut social : on pouvait être citoyen (patricien ou plébéien), esclave ou parfois gladiateur. Ces gladiateurs, généralement d’anciens esclaves, des condamnés à mort ou des criminels, se battaient à mort lors de combats sanglants dans les arènes de l’Empire romain dans le but de gagner leur liberté. Mais, en attendant de combattre, ces derniers attendaient souvent leur sinistre destinée dans de petites cellules, comme celle qui a été mise au jour en 1849 dans l’amphithéâtre de Richborough, au sud-est du Royaume-Uni. Jusqu’alors, les spécialistes pensaient qu’il s’agissait d’un simple couloir vers l’arène. Il s’est avéré qu’en fait, c’était un carcer, ou autrement dit une cellule de prison destinée aux gladiateurs.

L’amphithéâtre de Richborough disposait d’une capacité de 5 000 spectateurs, et se faisait l’hôte de nombreux spectacles aussi sanglants que barbares : chasses d’animaux sauvages, combats de gladiateurs, exécutions… Des spectacles somme toute ordinaires pour des citoyens romains. Toutefois, cet amphithéâtre a quand même des attributs spéciaux : ses murs en craie peints en rouge, noir, bleu et jaune, des caractéristiques très rares pour les amphithéâtres de l’Empire romain découverts en Angleterre. « Ils contenaient probablement à l’origine des scènes peintes, peut-être des scènes figuratives de ce qui se passe dans les amphithéâtres. Nous n’avons pas encore ce détail, mais nous avons la peinture et c’est un très bon début. Étant donné que nous n’avons fouillé qu’un minuscule fragment du mur, cela augure des scènes peintes mieux préservées ailleurs dans le circuit », explique Pattison, historien travaillant pour la société English Heritage, aux journalistes du Guardian.

Comme nous l’avons dit plus tôt, cette pièce était connue depuis 1849. Mais ce n’est que récemment que sa nature de carcer a été mise au jour. Comment les archéologues sont-ils parvenus à cette réalisation ? C’est en réalisant de nouvelles fouilles qu’ils se sont aperçus qu’en réalité, les murs de cette pièce, hauts de presque deux mètres, n’avait qu’une seule ouverture : une possibilité de sortie menant uniquement à l’arène. Il s’agit donc d’un carcer, c’est certain. Pattison, lorsqu’il s’exprime au Times, est pris par l’émotion et déclare que « si l’on laisse libre cours à son imagination, il est effrayant de se tenir dans cette pièce. Vous pouvez imaginer ce que c’est. Une fois que vous savez le genre de choses qui s’y passent, c’est assez émouvant. Vous pouvez imaginer les pires aspects de la vie romaine. »

Richborough, une colonie romaine prospère

Mais ce n’est pas tout ce qui a été exhumé sur ce site à l’héritage exceptionnel : on y a notamment retrouvé des ossements d’animaux, le squelette d’un chat (surnommé Maxipus). S’exprimant auprès de la BBC, Pattison apporte des précisions sur la dépouille de ce chat, qui n’est pas aussi anodine qu’on pourrait le penser : « Normalement, on s’attendrait à ce qu’il ait été démembré par des prédateurs, mais il est presque complet, donc il semble qu’il ait été délibérément placé là où il n’a pas été dérangé. »

Les archéologues ont également découvert des objets personnels, des restes de poteries et des pièces de monnaie. Paul Pattison estime que l’ensemble de ces découvertes prouvent à quel point Richborough était une ville importante économiquement et artistiquement parlant dans cette partie de l’Empire romain antique, colonie qui a prospéré du premier siècle au cinquième siècle après Jésus-Christ. La domination romaine sur ce site a en effet pris fin en 410. Son statut de ville côtière peut tout à fait expliquer sa prospérité. En effet, de par sa situation, « elle aurait permis de relier ce qu’on appelait à l’époque Britannia au reste de l’Empire romain. De ce fait, toutes sortes de Romains venus des quatre coins de l’empire seraient passés par là et auraient vécu dans la colonie », précise Pattison à CNN.

Pattison ajoute que « les découvertes que nous avons faites au cours des fouilles à Richborough [étaient] surprenantes et passionnantes, et transforment radicalement notre compréhension de la structure de l’amphithéâtre et de la nature du peuplement adjacent de la ville. Nous avons toujours su que le fort romain de Richborough était un lieu important pour les Romains… et maintenant nous avons pu rassembler des preuves qu’une grande partie de la ville à l’extérieur du fort a peut-être aussi été colonisée jusqu’à la toute fin. » Le fort romain de Richborough était à l’origine une base de réapprovisionnement pour les légions romaines qui s’est ensuite transformée en colonie avec un grand fort, explique English Heritage.

L’antique richesse de Richborough, qui semble bien porter son nom, est corroborée par la découverte d’un arc de triomphe, entre autres structures mises au jour à l’extérieur mais également à l’intérieur de la ville. Des spécialistes travaillant pour English Heritage et Historic England ont participé à ces fouilles, et prévoient d’exposer certaines de leurs découvertes dans le musée rénové du fort romain et de l’amphithéâtre de Richborough. Rendez-vous l’été prochain !

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