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La Pologne prend un virage conservateur de plus en plus marqué. Alors que le nouveau président a été élu sur un programme clairement LGBTphobe, à présent le ministre de la Justice envisage de se retirer de l’accord européen sur les violences faites aux femmes. Cette annonce a provoqué l’émoi et la colère parmi la population, ainsi que parmi les autorités européennes.

Un texte qui « contient des éléments de nature idéologique »

Le ministre polonais de la Justice, Zbigniew Ziobro, a annoncé, samedi 25 juillet, au cours d’une conférence de presse, que le pays allait probablement sortir du traité européen sur les violences faites aux femmes, appelé plus communément Convention d’Istanbul. Cette convention est, comme le rappelle The Independent, « le cadre juridique le plus complet qui existe pour lutter contre les violences à l’égard des femmes et des jeunes filles. Elle couvre les violences domestiques, le viol, les agressions sexuelles, les mutilations génitales féminines, les violences dites d’honneur et le mariage forcé. »

Le traité, signé par l’UE et 45 pays, et ratifié par 34 d’entre eux, a été signé en 2012 par la Pologne et ratifié en 2015 par le gouvernement centriste. Déjà à l’époque, l’actuel ministre de la Justice l’avait considéré comme “une invention, une création féministe qui vise à justifier l’idéologie gay”. Il souhaite que le ministère de la Famille présente un document pour dénoncer le traité. “S’il existe des idées fausses ou des malentendus à propos de la convention, nous sommes prêts à les clarifier dans le cadre d’un dialogue constructif”, a affirmé la secrétaire générale du Conseil de l’Europe.

Le ministre de la Justice affirme aujourd’hui que ce traité contrevient à la liberté des parents, car les écoles seraient contraintes de parler des notions de genre aux enfants. Selon lui, le texte « contient des éléments de nature idéologique » et induit  « la construction du soi-disant genre socioculturel en opposition au sexe biologique ». Il poursuit en affirmant que la loi polonaise offre déjà suffisamment de protections aux femmes contre les violences conjugales. “Certains experts affirment même que dans les réglementations individuelles, elle (la loi polonaise) va au-delà (des) exigences.”

Des manifestations et une inquiétude de l’UE qui poussent la Pologne à tempérer son propos

Plusieurs eurodéputés, dont les chefs des groupes Socialistes (gauche) et démocrates et Renew (centristes), contestent cette décision. « Il est honteux qu’un État membre de l’UE veuille se retirer de la convention d’Istanbul », affirme l’Espagnole Iratxe Garcia Perez, présidente du groupe S&D au Parlement européen, qui ajoute qu’elle est « aux côtés des citoyens polonais qui descendent dans la rue pour exiger le respect des droits des femmes ». Le Roumain Dacian Ciolos, président du groupe Renew, a de son côté souligné que « la lutte contre la violence à l’égard des femmes n’est pas une idéologie, mais une obligation morale ». « Utiliser la lutte contre la convention d’Istanbul comme un instrument pour afficher son conservatisme est une nouvelle manoeuvre pitoyable et pathétique de la part de certains au sein du gouvernement polonais. » L’Irlandaise Frances Fitzgerald, du groupe Parti populaire européen (droite), appelle à « la ratification de la convention au niveau européen », « essentielle pour qu’aucune femme ne soit laissée sans protection et vulnérable à la violence« .

Des milliers de personnes, dont une majorité de femmes, ont manifesté contre ce projet du gouvernement qui, selon eux, va entraîner une « légalisation des violences domestiques ». En Turquie, des femmes ont manifesté dans les villes pour appeler à protéger la Convention. Face au tollé provoqué par les déclarations du ministre de la Justice, le gouvernement polonais tempère ses propos. Ainsi, la porte-parole du parti Droit et justice (PiS), majoritaire et ultra-conservateur, Anita Czerwinska, a affirmé qu’« aucune décision n’a été prise ». Elle ajoute : « Le ministre a son opinion. S’il présente cette proposition, nous l’analyserons. »

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