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Après des années de mobilisations, le Nigéria n’a pas connu de cas de poliomyélite depuis quatre ans. La poliomyélite est officiellement déclarée éradiquée du continent africain par l’OMS.

Une victoire pour le continent africain après des efforts acharnés

La Commission régionale africaine de certification (ARCC) affirme et certifie que le continent a officiellement éradiqué le virus. La poliomyélite provoquée par l’agent pathogène poliovirus sauvage (PVS) est une maladie infectieuse aiguë, contagieuse, touchant en majorité les enfants. Elle attaque la moelle épinière, peut entraîner une paralysie irréversible et dans certains cas la mort. 

En 1988, la création de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite a permis de se mobiliser pour l’éradiquer définitivement dans le monde. Depuis, les cas de polio sauvage ont chuté drastiquement, passant de 350 000 à 33 déclarés en 2018. 

En Afrique, une campagne menée par des dirigeants du continent, avec la direction de Nelson Mandela, a contribué à faire changer les choses. 

Le Dr Rose Leke, présidente de l’ARC (organe indépendant mis en place par l’OMS), explique que cette déclaration fait suite à des évaluations exhaustives des systèmes de surveillance dans 47 pays africains, afin de ne manquer aucun cas. Elle fait également suite à une campagne de vaccination et la surveillance des enfants dans l’État de Borno au Nigéria, le dernier front pour l’éradication totale de la poliomyélite. 

Mais malgré ce progrès, 16 pays africains connaissent toujours de petites épidémies de virus vaccinaux (mutés), qui peuvent survenir dans les communautés les moins immunisées. 

Un rôle majeur de l’OMS et des survivants à la maladie

Dr Matshidiso Moeti, la directrice régionale pour l’Afrique, de l’OMS, explique que l’organisme (OMS) a joué un rôle central et crucial de coordination au sein de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite. C’est une coalition de gouvernements nationaux et de dirigeants locaux travaillant avec l’Unicef, la Fondation Bill et Melinda Gates, Rotary International et les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis. Des millions de bénévoles, à travers le continent, se sont également mobilisés. 

Selon le Dr Moeti, de nombreux facteurs ont joué en faveur de l’éradication du virus. On peut ainsi citer : l’amélioration de la surveillance, la lutte contre les nombreux sceptiques aux vaccins qui ont conduit à des attaques meurtrières contre les travailleurs de la santé, et l’inclusion des survivants de la poliomyélite au sein des équipes d’éradication. 

« J’aimerais vraiment rendre hommage aux survivants de la poliomyélite, qui se sont joints à la lutte, qui ont aidé à partager leurs expériences d’invalidité liées à la polio et l’impact que cela a eu sur leur vie », a-t-elle dit.

USAID / Wikimedia Commons

Une lutte acharnée contre les rumeurs qui ont freiné la vaccination

Mais des incidents violents, particulièrement au Nigéria, liés à des insurrections et le conflit Boko Haram ont mis à mal des agents de santé en première ligne dans les efforts d’éradication de la poliomyélite. Le rejet de la vaccination a causé également de nombreux troubles violents provoqués par les communautés locales, comme l’explique le Dr Tunji Funsho, responsable du comité de lutte contre la polio au Nigéria, du Rotary International. « A l’époque, environ 400 000 enfants étaient hors d’atteinte de toute campagne médicale à cause des violences », explique le docteur Funsho concernant la situation en 2009.

« Le challenge était que des rumeurs insidieuses disaient que le vaccin n’est pas sûr, qu’il pourrait conduire au VIH, le sida, qu’il pourrait stériliser les femmes en vue de réduire la population dans le nord du pays. » Ainsi, en juillet 2003, cinq États du nord au Nigéria ont suspendu l’utilisation du vaccin contre la polio, pendant au moins un an. Les cas annuels au Nigéria ont ensuite été drastiquement augmentés, avec des souches nigérianes du virus se propageant à travers tout le continent. Quand les politiciens comme par exemple le président Muhammadu Buhari en 2015, qui administre lui-même le vaccin par voie orale à son petit-fils, cela devient un signe d’opposition au gouvernement de ne pas se vacciner. 

L’opposition à la vaccination a également été nourrie par les essais médicaux controversés,  pour d’autres maladies au nord du Nigéria. Aujourd’hui, environ 30 000 enfants sont toujours « inaccessibles ». C’est un chiffre « trop faible » pour causer une transmission épidémique, comme l’expliquent les experts scientifiques.

Le revirement progressif a été ainsi permis grâce à la mobilisation des leaders politiques, communautaires, religieux ainsi que des campagnes et assemblées publiques.

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