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Même dans les plus hautes sphères de la police, les ordres du préfet de Paris sont critiqués

Ayant entraîné les violences policières, ses méthodes sont « contraires à la législation ainsi qu’à la réglementation en vigueur »

— Frederic Legrand – COMEO / Shutterstock.com

Malgré le fait qu’il soit en poste depuis un an seulement, le préfet de police de Paris Didier Lallement a déjà créé beaucoup d’esclandres. Son nom est aujourd’hui presque synonyme de violences policières ; il a même été traité de « psychopathe » par Jean-Luc Mélenchon et de « Gestapo » par Jérôme Rodrigues, un gilet jaune. Mais Mediapart a récemment révélé qu’en outre, ses méthodes seraient contestées même dans les sphères les plus hautes de la gendarmerie et des CRS.

LES BRAV-M, DES BRIGADES TRÈS CRITIQUÉES

Une des premières mesures créées par Didier Lallement fut la mise en place des « brigades de répression de l’action violente motorisées » (BRAV-M) lors des manifestations. Une note interne d’une unité de CRS fustigeait l’intervention de cette brigade. Cette unité prend pour exemple une situation qui s’est déroulée le 18 janvier 2020. Un CRS écrit que « les black blocs ne bronchaient pas. Ça a commencé à dégénérer quand les Brav ont commencé à intervenir […] ils ont chargé gratos. »

« Les Brav sont souvent des jeunes sortis d’école et ils manquent d’expérience. C’est facile de leur demander d’appliquer des ordres qui sont d’interpeller à tout va sans discernement. Du coup, ils chargent et matraquent souvent sans raison », rapporte un second CRS contacté par Mediapart. En novembre dernier, un gilet jaune avait porté plainte contre Didier Lallement pour « atteinte à la liberté individuelle » et « complicité de violences volontaires aggravées ». Piégé dans une nasse, une bombe lacrymogène avait touché son œil gauche.

IL NE FAIT PAS L’UNANIMITÉ MÊME AU SEIN DE LA GENDARMERIE

Le samedi 7 mars, Mediapart a divulgué plusieurs notes rédigées par des personnes travaillant à la gendarmerie et aux Compagnies républicaines de sécurité (CRS). Ces dernières témoignent d’ordres « irréguliers et douteux » de la part du préfet et font écho à un écrit de la gendarmerie nationale diffusé en septembre 2019 qui condamnait des pratiques « légalement douteuses et aux conséquences politiques potentiellement néfastes », mais également « contraires à la législation ainsi qu’à la réglementation en vigueur ». Elles faisaient référence à un ordre donné par ce dernier, qui était précisément « d’impacter » les manifestants.

La gendarmerie évoque de surcroît des « manœuvres d’encagement », ou « nasses« , que la préfecture de police aurait exigé de développer sur des manifestants. Le procédé de la nasse a pour objectif d’encadrer un groupe de personnes pour le conduire à un autre endroit. À l’origine, ce dispositif avait été créé pour protéger les personnes, mais il a été détourné de son but et est aujourd’hui appliqué avec énormément de violence. La législation estime que la nasse doit être conçue de façon à pouvoir en sortir facilement, mais les ordres du préfet de police de Paris semblent contraires à cela : son procédé consiste à parquer des manifestants, qui vont se retrouver enfermés dans la masse sans échappatoire. Médiapart ajoute en outre que les forces de l’ordre finissent par lâcher des bombes lacrymogènes sur les manifestants. La gendarmerie estimait que ce procédé était « de nature à exaspérer la population et à nourrir un sentiment de défiance vis-à-vis du pouvoir et des forces de l’ordre », tout en générant « des mouvements de foule potentiellement dangereux ».

UN GENDARME CONTRE LES ORDRES DE DIDIER LALLEMENT

Le 15 octobre 2019 à Paris, un chef de la gendarmerie avait fait preuve de désobéissance face au préfet, puisqu’il estimait que la procédure d’encagement était « contraire au règlement mais surtout au droit de manifester ». Mediapart précise que cela s’était passé sur le pont de la Concorde. En premier lieu, des manifestants avaient fait la demande de « calmement pouvoir quitter les lieux ». Malgré cela, ils s’étaient retrouvés bloqués des deux côtés, de l’un par les gendarmes et de l’autre par la police. Cette dernière avait utilisé des gaz lacrymogènes. Les tensions sont très vite montées et « certains individus ont commencé à enjamber la rambarde du pont pour contourner le barrage se mettant ainsi en danger au-dessus de la Seine ». Le chef de l’escadron prit alors la décision de désobéir aux ordres, et escorta les manifestants jusqu’au métro, décision qu’il estimait plus juste d’autant qu’ « un dialogue avait été établi » avec eux.

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