— © Tim Maloney

Des archéologues ont découvert la plus ancienne preuve d’une procédure chirurgicale chez l’Homme, réalisée il y a des dizaines de milliers d’années sur un jeune chasseur-cueilleur de l’âge de pierre.

Chirurgie préhistorique

Au cours de fouilles archéologiques menées en 2020 dans la grotte calcaire de Liang Tebo, sur l’île de Bornéo (Indonésie), des chercheurs avaient mis au jour un squelette humain auquel manquait le pied gauche ainsi que la partie inférieure de la jambe. Son examen approfondi a permis d’établir qu’il ne s’agissait pas d’ossements manquants post-mortem, mais du résultat d’une amputation délibérée, probablement consécutive à une grave blessure.

Les paléopathologistes ont observé des motifs de croissance caractéristiques autour de la blessure, indiquant que celle-ci avait guéri, indiquant que cette chirurgie préhistorique avait été réalisée entre six et neuf ans avant la mort de l’individu.

« Ce fut une énorme surprise que cet ancien chasseur-cueilleur ait survécu à une opération très lourde et potentiellement mortelle durant l’enfance, que la blessure ait cicatrisé et qu’il ait ensuite vécu pendant des années sur un terrain montagneux avec une mobilité altérée », souligne Melandri Vlok, co-auteure de la nouvelle étude, publiée dans la revue Nature. « Cela suggère un degré élevé de soins communautaires. »

Les différents ossements étudiés par les chercheurs — © Tim Malone et al. / Nature 2022

En utilisant une technique connue sous le nom de résonance de spin électronique sur les dents, ainsi que la datation au carbone sur la couche sédimentaire de laquelle les restes avaient été extraits, l’équipe a pu déterminer que l’individu était mort il y a environ 31 000 ans, faisant de son squelette la plus ancienne preuve de chirurgie connue dans l’histoire de l’humanité, et de loin.

Une compréhension bien plus sophistiquée que prévu de l’anatomie et de la prévention des infections

Jusqu’à présent, on pensait que la première opération pratiquée par les humains était la trépanation, consistant à percer un trou dans le crâne dans l’espoir de soulager toute une série de problèmes neurologiques. Mais les plus anciennes preuves de cette pratique ne remontent « qu’à » environ 14 000 ans. Deux fois plus ancienne, l’amputation (et son succès apparent) indique une compréhension bien plus sophistiquée de l’anatomie et de la prévention des infections que celle que nous accordons aux hommes de l’âge de pierre.

« Cette nouvelle découverte faite à Bornéo démontre que les humains de l’époque étaient déjà capables d’amputer avec succès des membres malades ou endommagés, bien avant de commencer à cultiver la terre ou d’adopter un mode de vie sédentaire », estime Maxime Aubert, co-auteur principal de l’étude.

L’équipe ignore actuellement si les individus de cette région du globe étaient en avance sur leur temps ou s’il s’agit du premier exemple connu de connaissances médicales avancées et répandues. De nouvelles fouilles pourraient potentiellement contribuer à faire la lumière sur cette question.

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