Aristolochia microstoma — © T. Rupp / B. Oelschlägel / K. Rabitsch et al. / Frontiers in Ecology and Evolution

Si les scientifiques avaient précédemment décrit des végétaux imitant l’odeur de la viande en décomposition ou des excréments afin d’attirer les charognards et de répandre leur pollen, des botanistes en ont découvert un poussant ce concept beaucoup plus loin.

Des végétaux redoublant d’ingéniosité pour assurer la pérennité de l’espèce

Baptisée Aristolochia microstoma, la plante en question n’a jusqu’à présent été observée qu’en Grèce. Alors que les autres membres de sa famille sont connus pour leurs grandes fleurs colorées, celles d’A. microstoma se révèlent ternes et se trouvent près du sol, où elles sont souvent recouvertes de feuilles mortes ou d’autres détritus.

Les scientifiques savaient déjà que ces fleurs émettaient une odeur nauséabonde, afin d’attirer les animaux charognards aidant A. microstoma à se reproduire en transférant le pollen entre les différentes plantes. Récemment, cependant, des chercheurs autrichiens et allemands ont découvert que l’une des molécules composant son « bouquet » unique était produite par très peu d’autres plantes à fleurs.

Connu sous le nom de 2,5-diméthylpyrazine, ce composé possédant une odeur de moisi ne se retrouve pas dans les carcasses ou les excréments des vertébrés, mais est émis par les carapaces en décomposition des scarabées morts.

Fleurs d’A. microstoma dans différents environnements — © T. Rupp / B. Oelschlägel / K. Rabitsch et al. / Frontiers in Ecology and Evolution

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Frontiers in Ecology and Evolution, une équipe internationale de chercheurs a collecté des arthropodes sur 1 457 plantes sauvages d’A. microstoma, et constaté que les mouches du genre Megaselia, communément appelées « mouches de cercueil », étaient la seule espèce transportant du pollen à l’intérieur des fleurs. Selon les scientifiques, ces insectes seraient attirés par une telle odeur, car ils ont la particularité de s’accoupler au-dessus des corps des coléoptères morts et d’y pondre ensuite leurs œufs.

Une stratégie inédite

Ces fleurs attirent les mouches grâce à leur parfum et utilisent des poils orientés vers le bas pour les piéger temporairement dans une chambre inférieure renfermant les organes reproducteurs de la fleur. Une fois que les insectes ont eu l’occasion de déposer le pollen qu’ils pouvaient déjà transporter, et d’être recouverts de pollen frais provenant de l’étamine de la fleur, les poils se fanent et les mouches peuvent s’échapper et visiter d’autres plantes A. microstoma.

« Nous concluons qu’A. microstoma utilise probablement une stratégie n’ayant jamais été signalée auparavant : ses fleurs imitent l’odeur de la charogne d’invertébrés pour attirer et emprisonner les pollinisateurs », a déclaré Stefan Wanke, professeur à l’université technique de Dresde et co-auteur de l’étude.

Selon les chercheurs, l’orientation particulière des fleurs près du sol pourrait également jouer un rôle important, étant donné que les mouches de cercueil pollinisatrices recherchent des sites de reproduction ou de la nourriture près du sol, dans la litière de feuilles ou entre les rochers.

Femelle pollinisatrice Megaselia sp. (Phoridae) transportant du pollen — © T. Rupp / B. Oelschlägel / K. Rabitsch et al. / Frontiers in Ecology and Evolution

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