En Indonésie, le peuple Bajau vit de la pêche depuis des siècles. Ses membres les plus entraînés sont notamment capables de rester près d’un quart d’heure en apnée et de plonger à plusieurs dizaines de mètres de profondeur.
Lorsque vous plongez la tête sous l’eau et restez immergé, une série de réactions physiologiques intervient. Votre fréquence cardiaque s’abaisse et votre rate et vos vaisseaux sanguins se contractent, ce qui vous permet de réduire au maximum votre consommation d’oxygène.
Si un individu lambda va généralement retenir sa respiration quelques dizaines de secondes et un sportif entraîné quelques minutes, ces performances font pâle figure face à celles des Bajau, un peuple indonésien nomade excellant dans la chasse au harpon.
Certains de ses membres sont en effet capables de rester en apnée durant près de 13 minutes et de descendre à plus de 60 mètres de profondeur.
Comme l’a confirmé une étude parue il y a quelques années dans la revue Cell, les Bajau possèdent une rate bien plus volumineuse que la plupart des humains. À chaque contraction, le surplus de globules rouges qu’elle injecte dans le système circulatoire se traduit par une augmentation de 2,8 % à 9,6 % de la teneur en oxygène de leur sang.
Des recherches antérieures ayant démontré que certains mammifères marins passant la majorité de leur vie sous l’eau possédaient des rates disproportionnées, Melissa Llardo et ses collègues se sont logiquement tournés vers ces nomades de la mer afin de percer les secrets de leurs aptitudes physiques hors-normes.

Si les tests réalisés ont suggéré une rate en moyenne 50 % plus grande chez les Bajau que les Saluan, également originaires d’Indonésie, la véritable surprise se cachait dans leur génome.
L’équipe a en effet identifié plusieurs variantes génétiques, dont l’une concernait le gène PDE10A, chargé de contrôler la sécrétion d’une hormone thyroïdienne ayant une incidence sur la taille de cet organe et les capacités d’oxygénation d’un individu.
Pour Richard Moon, de la Duke University School of Medicine, il est évident que leur mode de vie extrême a également façonné leur physiologie au fil des siècles.
« Lorsqu’il est exposé à des conditions extrêmes de façon répétée, le corps humain s’adapte », estime-t-il. « Habitués à plonger durant de longues minutes dès leur plus jeune âge, les Bajau possèdent probablement une cage thoracique plus large que la moyenne, qui, associée à cet entraînement intensif, se traduit par une amélioration drastique de leurs capacités respiratoires. »
Avec pour seul équipement des poids et un masque en bois, ces derniers peuvent en effet passer jusqu’à 60 % de leur journée de travail de 8 heures à plonger à la recherche de poissons, pieuvres et autres crustacés.
Selon Moon, l’étude des capacités physiques hors du commun du peuple Bajau pourrait notamment aider les scientifiques à mieux comprendre le phénomène de l’hypoxie aiguë, caractérisé par une perte rapide d’oxygène entraînant la mort dans la majorité des cas, et idéalement le traiter.

Mais le temps presse. Marginalisés, les Bajau ne bénéficient pas des mêmes droits que les Indonésiens, et la pêche industrielle menace directement leur survie en détruisant de nombreux écosystèmes et en les privant de ressources vitales, ce qui pousse nombre d’entre eux à délaisser le mode de vie qui fait leur renommée.
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