Une équipe de scientifiques a récemment identifié un microbe empêchant les moustiques d’être infectés par le paludisme et par conséquent de le transmettre aux humains. Selon les chercheurs, cette découverte pourrait potentiellement permettre d’endiguer cette terrible maladie.

« Une véritable percée dans la lutte contre cette maladie »

Appelé Microsporidia MB, ce microbe vivant dans les intestins et les organes génitaux des insectes a été découvert par des chercheurs de l’université de Glasgow (Écosse) et du Centre international de physiologie et d’écologie des insectes (Kenya) sur les rives du lac Victoria. Sur place, les scientifiques n’ont pas identifié un seul moustique porteur des microsporidies qui était également infecté par le paludisme, ce que des expériences en laboratoire ont ensuite confirmé. Leurs travaux ont récemment été présentés dans la revue Nature Communications.

Étroitement apparentées aux champignons, les microsporidies sont de petits parasites unicellulaires, mais il se trouve que cette nouvelle espèce, présente naturellement chez environ 5 % des insectes étudiés, les protégerait efficacement contre le paludisme. « Les données récoltées suggèrent que Microsporidia MB bloque à 100 % le paludisme, ce qui constitue une véritable percée dans la lutte contre cette maladie », avance Jeremy Herren, co-auteur de l’étude.

Chaque année, plus de 400 000 personnes meurent du paludisme, la plupart étant des enfants de moins de cinq ans. Bien que d’énormes progrès aient été réalisés pour endiguer la maladie, avec l’utilisation de moustiquaires et la pulvérisation d’insecticide dans les habitations, ces dernières années ont été marquées par une stagnation. Par conséquent, la mise en place de nouvelles approches pour lutter contre la maladie s’avère indispensable.

— PongMoji / Shutterstock.com

Deux stratégies actuellement envisagées

À l’heure actuelle, les chercheurs pensent que Microsporidia MB pourrait amorcer le système immunitaire du moustique, afin que celui-ci soit plus apte à combattre les infections, ou aurait un effet profond sur le métabolisme du moustique, le rendant inhospitalier pour le parasite du paludisme. L’infection par ces microsporidies semble par ailleurs durable, et leur capacité à bloquer la maladie s’intensifierait avec le temps.

Selon les scientifiques, si au moins 40 % des moustiques d’une région étaient porteurs de Microsporidia MB, cela permettrait d’endiguer efficacement la propagation du paludisme. Sachant que ces microsporidies ont la particularité d’être transmises entre les moustiques adultes ainsi que par les femelles à leur progéniture.

Deux stratégies principales sont actuellement envisagées afin d’augmenter le nombre de moustiques infectés : les microsporidies forment des spores qui pourraient être libérées massivement pour infecter les moustiques, et les moustiques mâles (qui ne piquent pas les humains) pourraient également être infectés en laboratoire et relâchés dans la nature afin qu’ils transmettent les microsporidies aux femelles lors de l’accouplement.

Les chercheurs entendent désormais comprendre précisément comment le microbe se propage et prévoient pour cela de réaliser d’autres tests au Kenya. Le microbe étant déjà présent naturellement chez les moustiques sauvages et ne causant par la mort de ses hôtes, la conduite d’expériences à plus grande échelle n’aurait pas d’impact sur les écosystèmes dépendant des moustiques et ne devrait par conséquent pas rencontrer d’obstacles.

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