Pourquoi l’ouragan qui dévaste les États-Unis est-il hors du commun ?

L’ouragan Harvey, qui frappe actuellement le Texas, est particulièrement violent et dévastateur. Causant des dégâts irréversibles, délogeant des familles entières, inondant les rues et les habitations, détruisant voitures et autres transports, la tempête Harvey est une véritable catastrophe. Le bilan humain sera lourd (à l’instant où l’on écrit ces lignes, le bilan est de 33 morts) et le bilan économique énorme (l’ouragan Katrina avait coûté 48 milliards de dollars). Mais pourquoi l’ouragan Harvey est-il si dévastateur ? Et pourquoi était-il aussi inattendu ?

Les États-Unis souvent victimes des ouragans

Les États-Unis sont fréquemment touchés par les ouragans. En 2005, Katrina s’était abattu sur la Nouvelle-Orléans et et avait causé 1 833 morts. Au Texas, l’ouragan Harvey a déferlé sur la ville de Houston, qui possède 2 millions d’habitants et représente près de 3 % du PIB américain. Si l’ouragan Harvey est aussi dévastateur, c’est aussi à cause de l’urbanisation rapide et sauvage de Houston et de sa banlieue.

En cause ? L’installation d’habitations sur des terrains dont la capacité de stockage d’eau est très faible. Le problème, c’est que le répertoriage des zones facilement inondables est de surcroît difficile. Selon Climatesignals, Harvey s’est surtout intensifié dans les zones où les températures sont au-dessus des normales de saison, avec 1,5 à 4 °C en plus.

Dans une interview donnée au Scientific American, le météorologiste Jeff Masters, co-fondateur de Weather Underground, a répondu à de nombreuses questions sur l’ouragan Harvey. Alors qu’au mercredi 23 août, Harvey n’était qu’une dépression tropicale, il est devenu un ouragan deux jours après. De la catégorie 1 des tempêtes, il est passé à la catégorie 4. Difficile donc de prévoir cette intensification. Selon le météorologiste, elle s’explique par le passage de Harvey au-dessus d’une région dans laquelle l’eau est bien plus chaude que la normale. « Plus l’eau est chaude, plus la tempête s’octroie de l’énergie », explique Jeff Masters. L’ouragan Katrina avait connu le même sort en passant, lui aussi, au-dessus d’une zone chaude, appelée « tourbillon ».

Immobile au-dessus de Houston

Pour autant, le caractère le plus inquiétant de l’ouragan Harvey, c’est le fait qu’il reste au-dessus de Houston. Le météorologiste explique : « les ouragans sont des structures circulaires dont les vents tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Ils sont cependant guidés par des vents plus grands encore, qui prennent place dans l’atmosphère. Dans le cas d’Harvey, un système de vents à haute pression pousse l’ouragan depuis le Sud-Ouest, tandis qu’un autre le pousse depuis le Sud-Est ». Les deux systèmes ayant la même force, difficile pour l’ouragan d’aller autre part. « Il est très rare de constater ce genre d’événements », déclare-t-il. Selon lui, le seul moyen pour qu’Harvey change de direction, c’est que l’un des systèmes abandonne sa poussée. Cela dit, Jeff Masters indique qu’un système de vents à basse pression arrive et pourrait tirer l’ouragan vers le nord.

L’une des autres questions primordiales, c’est pourquoi Harvey produit autant de précipitations ? En temps normal, les ouragans tirent leur force de l’humidité des océans. Ils la recyclent ensuite pour la faire tomber en-dessous d’eux. Étrangement, Harvey est différent des autres ouragans. Il a déversé tellement d’eau dans la région de Houston qu’il recycle ses propres précipitations pour les refaire tomber de nouveau. C’est un système que l’ouragan autogère.

Trump accusé et Harvey qui ne veut pas partir

A la question « Harvey va-t-il perdurer encore longtemps ? », Jeff Masters dévoile une réponse inquiétante : « On ne sait pas ». L’ouragan Harvey, si le système de basse pression indiqué plus haut n’arrive pas, pourrait très bien rester au-dessus de Houston encore un long moment, et devenir le faiseur de pluie et de beau temps de la région. S’il est dévastateur, il profite de certains moments de la journée pour l’être encore plus. En effet, les précipitations venant de l’ouragan Harvey s’intensifient la nuit. Le météorologiste indique que c’est typique des grandes tempêtes : « la nuit, l’atmosphère se refroidit, ce qui crée de l’instabilité. Cela intensifie les courants ascendants qui aspirent l’humidité de la terre en contre-bas ».

Si toutes ces causes expliquent l’apparition et la continuité de l’ouragan Harvey, le suivi de la catastrophe aurait pu être meilleur. En effet, outre-Atlantique, on accuse les travaux d’urbanisme de cette dernière décennie d’avoir favorisé les inondations. Les terres sur lesquelles sont construites les habitations seraient très humides.

Les cartes établies par l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence (FEMA) auraient également été mal répertoriées, puisqu’elles ne prennent pas en compte le réchauffement climatique et se fondent uniquement sur les tempêtes précédentes. Par ailleurs, le président des États-Unis, Donald Trump, a prévu une coupe budgétaire de 11 % dans les caisses de la FEMA. Donald Trump qui, encore une fois, s’est illustré durant un voyage au Texas le 29 août en apportant son soutien aux autorités locales, mais pas aux victimes. « Harvey expose le manque d’empathie de Donald Trump », écrit The Atlantic.


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