
En étudiant les éclats de rire de plusieurs espèces de grands singes, des chercheurs ont identifié des similitudes troublantes avec les nôtres, indiquant que cette forme d’expression soit apparue chez notre ultime ancêtre commun.
Signature rythmique
Comme l’explique Chiara De Gregorio, de l’université de Turin, jusqu’à présent, on pensait les rires humains bien différents de ceux de nos proches parents primates. Si leur fréquence a tendance à varier chez notre espèce en fonction de l’environnement social, ces nouveaux travaux révèlent une régularité rythmique similaire.
« Chez les grands singes, il s’agit d’un signal relativement stéréotypé, cantonné à un nombre réduit de contextes sociaux, tels que le jeu ou les chatouillements », explique la chercheuse. « Par contraste, nous sommes capables de produire toutes sortes de rires, qu’il s’agisse d’une forme discrète et polie, bruyante et décomplexée, ou feinte, lorsque nous souhaitons par exemple exprimer de l’ironie. »
Ainsi, la flexibilité rythmique pourrait constituer un indicateur du contrôle vocal, révélateur de l’évolution de notre capacité à moduler les sons de manière sophistiquée, elle-même essentielle à l’émergence de la parole et du langage.
Si des comportements vocaux proches du rire ont été documentés chez certains petits singes (macaques, capucins…), les chercheurs rappellent que ceux-ci tiennent davantage des vocalisations de jeu que de rires au sens où nous l’entendons.

Dynamique évolutive
Dans l’ensemble, ces nouveaux travaux publiés dans la revue Communications Biology renforcent l’idée que la modulation du rire, plus marquée chez les espèces de grands singes les plus génétiquement proches de l’être humain, s’inscrit dans une forme de dynamique évolutive remontant à environ 15 millions d’années.
Par extension, une telle trajectoire implique que les anciens représentants de notre lignée, tels que les Néandertaliens, produisaient également un rire « rythmiquement régulier ».
« On peut raisonnablement supposer qu’il se situait à mi-chemin entre celui des humains modernes et des chimpanzés et bonobos [grands singes avec lesquels nous partageons environ 99 % de notre ADN] », estime De Gregorio. « Probablement plus variable et flexible que celui de ces derniers, mais moins que le nôtre. »
Au cas où vous vous posiez la question, voici pourquoi que les « auto-chatouilles » ne fonctionnent pas.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
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