Dans le cadre d’un projet scientifique international impliquant des chercheurs britanniques, américains et suisses, deux nouveaux genres et quatre nouvelles espèces de xénophyophores unicellulaires géants ont été découverts dans les profondeurs de l’océan Pacifique.

De bien étranges organismes marins

Appartenant au groupe des foraminifères, ces nouvelles espèces de protozoaires ont été caractérisées par les scientifiques à partir de la morphologie et des données génétiques de spécimens recueillis par le Lu’ukai. Un appareil sous-marin piloté à distance depuis le navire RV Kilo Moana lors d’une expédition dans la partie occidentale de la zone Clarion-Clipperton en 2018. Occupant une vaste partie de l’océan Pacifique, avec des dépôts importants de nodules polymétalliques, ciblés pour l’exploitation minière en eaux profondes, cette zone possède des plaines abyssales dont la profondeur dépasse 5 kilomètres.

Les deux nouveaux genres découverts ont été nommés Moanammina et Abyssalia, en référence au type d’habitat au sein duquel ces êtres évoluent.

« Découvrir ces superbes xénophyophores s’est révélé particulièrement enthousiasmant », explique Andrew Gooday, auteur principal de l’étude, récemment publiée dans l’European Journal of Protistology. « Les xénophyophores étant l’un des types de grands organismes les plus courants dans les plaines abyssales de la zone Clarion-Clipperton, il nous a semblé approprié de nommer l’un des genres découverts d’après le terme ‘Moana’, signifiant océan en langue hawaïenne. »

Comme certains autres types de foraminifères, les xénophyophores construisent des enveloppes, appelées tests, composées de particules glanées dans leur environnement. Ce sont souvent des structures élaborées qui peuvent atteindre une taille de dix centimètres ou plus.

Moanammina semicircularis © DeepCCZ Project / European Journal of Protistology Creative Commons

Nouvelle espèce d’un nouveau genre, Moanammina semicircularis possède un test en forme de tige et d’éventail, d’environ 7,5 centimètres de haut pour 8,9 centimètres de large. Deux autres nouvelles espèces, Abyssalia foliformis et Abyssalia sphaerica possèdent des tests qui ressemblent respectivement à une feuille plate et à une sphère presque parfaite. Ces dernières présentant par ailleurs la particularité d’être entièrement composées de spicules d’éponge de verre. Enfin, la quatrième espèce découverte est Psammina tenuis qui possède un test délicat et fin, en forme de plaque.

17 xénophyophores décrits dans la zone Clarion-Clipperton

« Ces quatre nouvelles espèces et ces deux nouveaux genres portent à 17 le nombre de xénophyophores décrits dans les abysses de la zone Clarion-Clipperton [soit 22 % du total mondial pour ce groupe], qui abrite également un grand nombre de xénophyophores connus mais n’ayant pas encore été décrits », explique Gooday. « Cette partie de l’océan Pacifique est définitivement un point névralgique en termes de diversité des xénophyophores. »

« L’abondance et la diversité de ces organismes unicellulaires géants sont vraiment incroyables », souligne de son côté Craig Smith, océanographe ayant supervisé l’expédition au cours de laquelle les xénophyophores ont été découverts. « Nous les voyons partout sur les fonds marins, sous de nombreuses formes et tailles différentes. Ils sont clairement des membres très importants des riches communautés biologiques vivant dans la zone Clarion-Clipperton. »

« Ils fournissent, entre autres, des microhabitats et des sources potentielles de nourriture pour d’autres organismes. Nous devons en apprendre beaucoup plus sur l’écologie de ces étranges protozoaires si nous voulons comprendre pleinement l’impact que l’exploitation des fonds marins pourrait avoir sur ces communautés », ajoute le chercheur.

L’équipe a par ailleurs découvert que Moanammina semicircularis était génétiquement identique à un autre spécimen trouvé en 2017 dans la zone côtière de l’est. Faisant de cette étude la première à offrir la confirmation génétique d’une large aire géographique (au moins 3 700 kilomètres) pour une espèce de xénophyophore abyssale.

Abyssalia sphaerica © DeepCCZ Project / European Journal of Protistology Creative Commons

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