C’est un véritable espoir dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Des chercheurs canadiens et américains viennent d’identifier une approche très prometteuse pour tuer les bactéries.

Le « Saint-Graal des antibiotiques »

Pour la première fois depuis des décennies, un mode d’action inédit pour les antibiotiques vient d’être mis en évidence : il empêche les bactéries qui le combattent de développer une résistance significative à ces derniers. Considérée comme le « Saint-Graal des antibiotiques », cette découverte réalisée par des chercheurs de l’université de Montréal en collaboration avec des scientifiques de l’université de l’Indiana et de l’université McMaster a été présentée dans la revue Nature.

Comme l’explique le professeur Yves Brun : « La complestatine et la carbomycine sont des antibiotiques s’attaquant au peptidoglycane, composante principale de la paroi cellulaire essentielle au développement et à la survie de presque toutes les bactéries. Ces deux molécules inhibent l’action des autolysines nécessaires à la croissance et à la division cellulaires. » Incapables de se diviser, les bactéries sont fragilisées et se transforment alors en longs filaments plutôt qu’en petits bâtonnets, ce qui agit sur leur capacité à se reproduire.

« Pour qu’une cellule grandisse, elle doit se diviser et s’étendre. Si vous la bloquez complètement, elle est comme piégée dans une prison et ne peut pas se développer ou se multiplier », précise de son côté Elisabeth Culp, co-auteure de l’étude.

L’administration de complestatine et de carbomycine a permis de bloquer les infections causées par le Staphylococcus aureus résistant aux médicaments chez la souris.

« Fragiliser l’action des bactéries et les rendre plus vulnérables »

C’est en analysant l’arbre généalogique des glycopeptides (antibiotiques s’attaquant au peptidoglycane) déjà connus et en étudiant les gènes de ceux ne présentant pas de mécanismes de résistance connus, et donc susceptibles d’apporter une autre manière de tuer les bactéries, que les chercheurs sont parvenus à identifier cette nouvelle stratégie antibactérienne prometteuse, annonçant le développement d’une toute nouvelle classe d’antibiotiques.

Il y a quelques mois, Yves Brun et ses collègues de l’université de Montréal s’étaient illustrés en réalisant la première modélisation de la couche de la surface propre à certaines bactéries, jouant un rôle majeur dans la protection de la cellule bactérienne. Pour les chercheurs, la connaissance de la structure détaillée à l’échelle atomique de la relation entre la couche de surface et la surface de la cellule elle-même ouvre la voie au développement de molécules capables de cibler ce lien particulier et de rendre la cellule plus sensible aux antibactériens.

Associée au mode d’action décrit plus haut, cette découverte « laisse entrevoir des perspectives pour fragiliser l’action des bactéries et les rendre plus vulnérables », conclut Yves Brun.

— Manu Padilla / Shutterstock.com

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ozerfil

Enfin une vraie nouveauté dans ce domaine !!

Complétée par les virus bactériophages, on doit pouvoir maintenant enrayer bien des maladies bactériennes.

Restent à connaitre les effets secondaires de ce nouveau traitement…

Bal
Invité
Bal

D’accord : s’attaquer aux bactéries nocives est peut-être un atout dans la lutte contre les maladies infectieuses. Mais notre microbiote est aussi composé de bactéries qui sont vitales pour nous. Comment la complestatine et le carbomicyne feront la différence entre les bonnes et les mauvaises bactéries???