— Denis Bukhlaev / Shutterstock.com

Dans des sociétés de plus en plus urbanisées, la circulation des hommes est un enjeu majeur. Créé à la fin du XIXe siècle, l’escalier mécanique facilite les déplacements, notamment dans les transports souterrains des métropoles. Cependant, la manière dont nous les utilisons n’est pas idéale.

Personne ne respecte les conseils des constructeurs

Si vous vivez en ville, vous êtes sans doute amené à prendre des escalators au quotidien. Êtes-vous de ceux qui montent les marches, fiers des quelques secondes gagnées et de la douzaine de personnes dépassées, ou attendez-vous patiemment sur la droite ? 

Le combat entre ces deux espèces est silencieux — c’est un long travail de sape, semble-t-il — mais bien visible dans chaque centre commercial, gare, station de métro. Cependant, malgré le fait que cette pratique apparaisse efficace au premier abord (« je dépasse des gens donc je suis »), elle cause beaucoup de tort à la circulation piétonne dans les centres urbains. 

En premier lieu, il n’est conseillé par aucun constructeur d’escalator de conserver un déséquilibre entre la droite et la gauche. Le constructeur Otis explique que la personne, pour une utilisation idéale, devrait se tenir au milieu de la marche, les deux mains posées sur la rampe. Certes, personne ne suit ces recommandations, car les villes sont surpeuplées et les gens n’ont souvent ni le besoin ni l’envie de se tenir fermement aux rampes en caoutchouc pour arriver sain et sauf au sommet.

Mais concernant l’épineux problème file de gauche/file de droite, des études prouvent que l’efficacité est bien meilleure quand personne ne marche, et que chacun se tient debout, patiemment. 

Les escalators où personne ne marche sont plus efficaces

Une étude de 2013 sur les transports londoniens, rapportée par CBC, révèle que 74,9 % des utilisateurs préféraient rester debout plutôt que de marcher, chiffre qui devenait encore plus probant sur les longs escalators. Ainsi, en laissant la moitié de l’espace à 25 % des utilisateurs, l’efficacité du système est considérablement réduite et mène à des congestions en bas de l’escalator. 

En 2016, à la suite d’un voyage à Hong Kong (où chacun reste debout des deux côtés de chaque marche), Len Lau, urbaniste de Vauxhall, propose de faire une tentative dans le métro londonien devant l’efficacité évidente d’une telle pratique, tout à fait inconcevable dans les appareils en France. Pendant trois semaines, les deux files devaient rester également immobiles sur les escalators de la station Holborn. 

« Les passagers n’aiment pas que ces choses changent », expliquait Celia Harrison, analyste en stratégie clients pour Transport for London et une des responsables du projet. « J’ai travaillé sur des stations de nombreuses années. Donc je savais que quoi que l’on fasse, les gens n’allaient pas être à l’aise si leur routine était perturbée. » 

Une étude préliminaire de 2002 avait déterminé que sur des escalators similaires à ceux de Holborn, comblant une hauteur de près de 24 mètres, seulement 40 % des passagers s’aventuraient dans l’escalade du côté gauche. 

En partant du principe que l’écart tacitement respecté entre chaque personne est d’une marche laissée vacante, l’escalator où la file de gauche est laissée libre aux marcheurs pouvait transporter plus de 81 personnes. Mais en incitant les utilisateurs à rester immobiles à gauche, la fréquence s’approchait de 112 personnes, soit une augmentation de 28 % — ce qui réduit aussi de 31 personnes par minute la congestion à la base de l’appareil. 

Naturellement, un grand nombre de plaintes se sont fait entendre — de la « présence significative de communication non verbale, sous la forme de hochements de tête désapprobateurs » au « On n’est pas en Russie ! » entendu suite à l’expérience. Les foules ne raisonnent pas selon les chiffres, mais selon leur envie, ou leur idée de ce qui aura une efficacité immédiate. Et il faut beaucoup d’actions de communication pour faire changer les comportements, même si ceux-ci sont bénéfiques pour chacun. 

Le Japon a aussi tenté à plusieurs reprises de pousser les utilisateurs à rester immobiles. 

Les escalators ne sont pas faits pour cela

De plus, il y a un effet négatif à cette pratique. Les escalators ne sont pas conçus pour être plus sollicités d’un côté que de l’autre. Selon le Wall Street Journal, la compagnie de transport du métro de Nanjing, en Chine, rapportait en 2017 que 95 % de ses escalators montraient des signes d’usure avancée du côté droit. 

Les escalators ne sont pas indestructibles : selon cette étude américaine de 2013, 10 000 admissions aux services d’urgences sont dues à des escalators chaque année. 

Et selon la Japan Elevator Association, une structure basée à Tokyo compilant tous les accidents liés à des escalators sur cinq ans, le nombre d’accidents entre 2008 et 2013 est passé de 1 200 à 1475, dont 882 étaient dus à une utilisation incorrecte (ce qui incluait marcher, donc). En attendant, certaines villes demandent expressément aux utilisateurs de rester debout, comme la ville de Vienne, ce que chacun respecte. 

L’avenir de nos escalators verra-t-il une grande réconciliation entre les marcheurs et les immobiles ?

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