Nestlé accusé d’assécher une nappe phréatique française au détriment des populations locales

Le géant de l’agro-alimentaire Nestlé a fait main basse sur les réserves d’eau potable de Vittel. Sa filiale Nestlé Waters puise directement dans les nappes phréatiques de la ville pour remplir des milliers de bouteilles en plastique destinées à inonder le marché allemand… 

 

 « Puiser sans épuiser »

Le groupe Nestlé Waters compte une dizaine de marques d’eau en bouteille en France et en belgique : Hépar, Valvert, Perrier, Contrex, San Pellegrino, Acqua panna, Nestlé Pure Life… Et Vittel. C’est d’ailleurs dans la ville éponyme que le groupe suisse pompe allègrement les ressources d’une nappe phréatique déjà mal en point. Depuis trois décennies, elle enregistre un déficit annuel d’un million de mètres cubes d’eau, soit l’exacte quantité allouée à Nestlé Waters… Et les pouvoirs publics ne semblent pas vouloir étancher la soif du géant suisse.

« Il est impossible d’accepter qu’un géant mondial de l’eau en bouteille assèche une nappe d’eau et oblige les populations locales à s’approvisionner en eau potable ailleurs. »

 

Michel Dubromel, Président

France Nature Environnement

Le 15 mars 2018 se tenait la Commission Locale de l’Eau qui a vu défiler plusieurs projets visant à endiguer le déficit de la nappe phréatique de la ville dont le niveau a déjà chuté d’une dizaine de mètres. L’un d’entre eux a particulièrement retenu l’attention des associations environnementales : la construction d’un pipeline alternatif long de plusieurs dizaines de kilomètres destiné à l’acheminement d’une eau potable issue d’une autre source que la nappe phréatique de Vittel. Un chantier pharaonique au long cours : 20 ans de travaux chiffrés à 20-30 millions d’euros. Bien qu’il soit encore à l’étude, ce projet nous en apprend beaucoup sur l’influence du groupe suisse sur les pouvoirs publics français : son slogan « Puiser sans épuiser » sonne plus faux que jamais.

Quand Nestlé boit à la source

Armés d’un peu de bon sens, les pouvoirs publics auraient dû raisonner la multinationale en revoyant à la baisse ses autorisations de prélèvement, tout en continuant d’approvisionner les Vittellois et Vittelloises en eau potable. Mais ils ont préféré courber l’échine en soumettant ce projet démesuré qui, l’air de rien, joue à l’avantage de Nestlé Waters au détriment des collectivités locales qui risquent de voir exploser leur facture d’eau pour couvrir le coût des travaux…

« La situation à Vittel est la preuve d’une non-gestion en responsabilité de la ressource en eau locale disponible, pourtant suffisamment abondante pour satisfaire les besoins du territoire à condition que chacun prenne en compte les besoins des uns et des autres. »

 

Michel Dubromel, Président

France Nature Environnement

Une situation d’autant plus révoltante qu’elle flirte avec l’illégalité. Le monopole de Nestlé sur la nappe phréatique de Vittel passe mal au regard de la loi sur l’eau de 2006. Elle précise que l’eau est un bien commun qui ne peut être considéré comme privé ou même privatisable : elle n’appartient à personne et à tout le monde. Or, le projet de pipeline en faveur de Nestlé Waters entre en contradiction avec un autre principe stipulé dans la loi de 2006 : une ressource en eau sur le territoire français doit en priorité servir des intérêts alimentaires – à savoir l’eau potable – et non économiques.

Si ce projet devait être voté par la Commission en juin 2018, le groupe suisse deviendrait prioritaire dans l’exploitation de la nappe phréatique de Vittel. Mais la multinationale n’est pas seule responsable : elle a bénéficié de la mansuétude d’acteurs locaux et de responsables politiques qui n’est pas sans rappeler le spectre du conflit d’intérêts…


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