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Néandertal cuisinait des galettes de légumineuses il y a 70 000 ans, prouve une étude publiée dans Antiquity

Nos anciens cousins néandertaliens ne vivaient pas que de viande. Des restes carbonisés vieux de 70 000 ans, découverts en Irak, révèlent une cuisine végétale surprenante : trempage, pilonnage, cuisson. Une culture alimentaire beaucoup plus complexe qu’on ne le croyait.

Un campement préhistorique à l’entrée d’une grotte rocheuse, avec un feu couvant, des graines sauvages, des pierres de broyage et une peau animale posée au sol.
À l’entrée d’une grotte, un feu mourant éclaire un campement préhistorique abandonné. Graines, outils de pierre et peau animale composent une scène brute, silencieuse et profondément ancienne. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Shanidar, Kurdistan irakien : des restes calcinés vieux de 70 000 ans, les plus anciens repas cuisinés jamais étudiés

La grotte de Shanidar se niche dans les montagnes du Zagros, à 800 kilomètres au nord de Bagdad. Ce site néandertalien célèbre a livré les ossements de neuf individus dans les années 1950 et 1960. En outre, la grotte de Shanidar renferme la fameuse « tombe aux fleurs », ce qui suggère un enterrement intentionnel de leurs morts.

Plus récemment, des chercheurs ont mis au jour des fragments carbonisés dans d’anciens foyers du site. Chris Hunt et son équipe de l’Université John Moores de Liverpool ont donc analysé ces restes au microscope électronique à balayage. Ainsi, ces fragments constituent les plus anciens témoins de nourriture cuite que la science ait jamais examinés.

Ces travaux paraissent dans la revue scientifique Antiquity et s’appuient sur une méthode d’analyse rarement appliquée à des restes aussi anciens. En effet, le microscope à balayage permet de distinguer les structures cellulaires végétales encore visibles dans les charbons. Dès lors, les chercheurs ont pu identifier précisément les plantes utilisées par Néandertal dans ses préparations.

Légumineuses trempées, pilées et chauffées : Néandertal appliquait déjà des techniques culinaires en plusieurs étapes coordonnées

L’analyse met en évidence des traces claires de trempage et de pilonnage des graines. Parmi les espèces repérées, on trouve notamment la vesce amère, le pois chiche sauvage et le pois sauvage. Néandertal mélangeait ensuite ces légumineuses à des herbes sauvages, puis les chauffait avec de l’eau.

Comme Néandertal ne fabriquait pas de poterie, les chercheurs avancent qu’il trempait ses graines dans des peaux animales repliées. Par ailleurs, il ne retirait pas l’enveloppe des graines avant la cuisson. Cela lui permettait ainsi de conserver l’amertume naturelle, ce qui révèle une recherche active de saveurs prononcées.

Recette recréée : une galette au goût de noisette, coriace à mâcher, qui explique l’état des dents de Néandertal

L’équipe a reproduit la recette avec des graines récoltées à proximité des grottes. Le plat obtenu ressemblait à un pain plat granuleux. Certes, le goût de noisette se révélait très agréable, mais la texture rendait la mastication particulièrement difficile.

Chris Hunt a personnellement goûté cette reconstitution. Il en a tiré une leçon claire : ce régime explique en grande partie l’usure sévère des dents néandertaliennes. De plus, le pilonnage avec des roches locales produisait une texture inévitablement rugueuse et abrasive pour les mâchoires.

Cette expérience éclaire aussi un débat plus large sur les capacités cognitives de Néandertal. En effet, reproduire une recette en plusieurs étapes demande anticipation, mémoire et transmission du savoir. Ces indices montrent ainsi que la culture alimentaire existait bien avant l’apparition de l’agriculture, il y a environ 10 000 ans.

Grèce, Irak, 60 000 ans d’écart : deux grottes paléolithiques révèlent une culture culinaire partagée et bien plus sophistiquée

En parallèle, les chercheurs ont étudié des fragments carbonisés de la grotte de Franchthi, dans le sud de la Grèce. Des Homo sapiens occupaient ce site il y a environ 12 000 ans. Or, les techniques et les ingrédients repérés sur place ressemblent fortement à ceux de Shanidar.

Bien que 60 000 ans et plusieurs milliers de kilomètres séparent les deux grottes, elles partagent des points communs frappants. Légumineuses pilées, herbes sauvages, moutarde, pistache sauvage : les deux groupes cuisaient ensuite le tout à l’eau. Ces découvertes montrent donc que le Paléolithique n’était pas purement carnivore et rudimentaire.

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