Afin de reproduire la sensation de satiété chez le moustique et de court-circuiter son attirance pour le sang, des scientifiques se sont inspirés de différents médicaments anti-obésité pour l’humain. Et ces derniers ont obtenu des résultats définitivement encourageants. Explications.

 

Un « coupe-faim » prometteur destiné… aux moustiques

Face à l’efficacité relative des insecticides, lampes, pièges et autres modifications génétiques appliquées aux moustiques pour se prémunir de leurs piqûres, des chercheurs de l’Université de Rockefeller, aux États-Unis, ont développé une nouvelle méthode prometteuse : leur couper l’appétit. Particulièrement vorace, la femelle Aedes aegypti, est attirée par les humains, dont le sang contient des protéines indispensables au développement de ses œufs. Mais une fois rassasiée, celle-ci va rester tranquille durant plusieurs jours. C’est ce constat qui a poussé les scientifiques à développer un « coupe-faim pour moustiques ».

La sensation de satiété est régulée par le neuropeptide Y (NPY) chez l’humain, qui va stimuler stimuler la prise alimentaire, diminuer la dépense énergétique et augmenter la sécrétion d’insuline. Comme la plupart des médicaments anti-obésité sur le marché ciblent les récepteurs de ce NPY, les scientifiques ont cherché à vérifier l’efficacité de ces coupe-faim sur le moustique. Après avoir établi que le NPYLR7 du moustique répondait à ces composés, les chercheurs ont sélectionné six molécules ne présentant aucun danger pour l’homme, capables de supprimer l’attirance des moustiques pour le sang pendant 2 à 3 jours.

 

Ce procédé pourrait permettre de lutter contre le paludisme et la maladie de Lyme

Lorsque les moustiques absorbaient chacune de ces substances diluées dans une solution saline, ils se comportaient alors comme s’ils venaient de se repaître de sang humain. Ainsi, l’odeur d’un bas en nylon porté pendant plus de 10 heures, leur étant normalement irrésistible, ou celle d’une souris endormie, les laissaient totalement indifférents. Selon Leslie Vosshall, auteure principale de l’étude : « L’intérêt de ce contrôle comportemental est qu’il permet de réduire de façon temporaire le nombre de moustiques femelles piquant les humains, sans risquer qu’elles ne développent de résistances aux composés utilisés ».

La principale question à laquelle sont actuellement confrontés les scientifiques concerne le mode d’administration de ces coupe-faim pour moustiques. Parmi les pistes évoquées figurent notamment l’utilisation d’appâts imitant les odeurs corporelles humaines ou dégageant du CO2, ainsi que la modification génétique des moustiques mâles afin que leur semence contienne le fameux composé. Problème de taille : ces différents procédés sont pour l’heure jugés particulièrement coûteux et compliqués à mettre en place, sachant qu’une « faible densité de moustiques suffit à maintenir la transmission de certains virus » selon l’Institut Pasteur.

Une fois ces différents défis surmontés, les chercheurs américains espèrent que cette nouvelle approche prometteuse contribuera à lutter contre le paludisme ou la maladie de Lyme, étant donné que la tique possède également des récepteurs NPY.

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