
Le séquençage génétique d’échantillons osseux provenant de momies incas a révélé la présence d’une souche de variole apparue pour la première fois en Europe, confirmant son introduction en Amérique par le biais de la colonisation.
Preuve moléculaire directe
Véritable fléau pendant des siècles, la variole a été éradiquée dans les années 1980, grâce à la vaccination. On estime que les souches les plus virulentes, caractérisées par l’apparition de cloques et de plaies purulentes, s’avéraient mortelles dans près d’un cas sur trois. Les populations autochtones ne disposant d’aucune immunité naturelle, son introduction dans les régions colonisées du globe par les Européens, telles que les Amériques, s’est traduite par des millions de décès.
D’après Matthew Ward, de l’université de Dundee, les vagues d’épidémies ayant déferlé sur le Nouveau-Monde à partir du XVIe siècle auraient contribué à la disparition de jusqu’à 95 % des populations locales, facilitant largement la colonisation européenne.
Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Science, Shigeki Nakagome, du Trinity College de Dublin, et ses collègues ont obtenu la première preuve moléculaire directe d’un tel scénario en séquençant les ossements de momies incas mises au jour dans le nord du Chili il y a plusieurs décennies. « Nous avons découvert, chez deux individus, des fragments d’ADN correspondant à celui d’une souche européenne de la variole, apparue pour la première fois au début du Moyen Âge », écrivent-ils.
La première victime était une femme âgée de 30 à 35 ans, et la seconde un homme d’une vingtaine d’années, qui vivaient dans la région il y a environ 500 ans. Alors que les précédentes analyses de leurs restes avaient lié la présence de lésions cutanées sur leur tronc à une exposition à l’arsenic, la nouvelle étude suggère qu’il s’agissait plus probablement des stigmates de cette maladie dévastatrice.

Analyses sensibles
À l’époque des premières fouilles à Camarones 9, l’excavation et l’étude des momies avaient suscité la colère des locaux, dénonçant la perturbation d’un site funéraire sacré.
« Nous n’oublions pas que derrière chaque échantillon prélevé se cache un individu », avance Constanza de la Fuente Castro, chercheuse à l’université du Chili ayant participé aux récents séquençages.
Comme le rappelle la chercheuse, jusqu’à présent, les seuls témoignages des ravages de tels pathogènes se résumaient à des récits européens, faisant état d’épidémies à grande échelle. Aujourd’hui encore, le caractère involontaire ou délibéré de la propagation de ces virus mortels reste débattu.
Précédemment, des ossements humains vieux de 9 000 ans avaient éclairé les origines de la syphilis.
Par Yann Contegat, le
Source: New Scientist
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