Spécimen de crapaud géant congolais (Sclerophrys channingi) — © Konrad Mebert

Partageant son habitat tropical avec l’un des serpents les plus redoutables d’Afrique, le crapaud géant congolais a appris à imiter le reptile venimeux afin de repousser ses prédateurs. Une tactique définitivement payante.

Le premier cas de mimétisme batésien chez un batracien

Le mimétisme profite depuis longtemps au règne animal. Il existe notamment une espèce de mante religieuse qui se déguise en orchidée pour éviter les prédateurs et attirer les proies, tandis que la chouette des terriers a appris à reproduire le sifflement menaçant d’un serpent à sonnette afin d’effrayer les écureuils envahissant son habitat. Dans le cadre de travaux publiés dans le Journal of Natural History, des chercheurs ont observé pour la première fois une forme de mimétisme batésien, lorsqu’une espèce inoffensive imite l’apparence et le comportement d’une espèce venimeuse pour tromper ses prédateurs, chez un batracien.

Pouvant mesurer plus d’1m80 et peser jusqu’à 20 kilos, la vipère du Gabon est la plus grande représentante de son espèce sur le continent africain. Ce reptile très venimeux partage un habitat commun avec le crapaud géant congolais dans les forêts tropicales humides de la République démocratique du Congo, et il s’avère que la ressemblance étroite que le batracien cultive avec le reptile constitue la clef de sa survie. Les chercheurs ont en effet constaté que les prédateurs avaient tendance à l’éviter davantage que d’autres espèces, en dépit de sa taille et de sa valeur calorique en faisant une proie de choix.

Comparaison d’un crapaud géant du Congo et d’une vipère du Gabon vus du dessus — © Eli Greenbaum

De couleur fauve, le crapaud arbore deux points caractéristiques ainsi qu’une bande marron courant le long de son dos. Ses flancs sont également caractérisés par une teinte brun foncé du museau aux membres postérieurs, imitant la bouche béante du serpent, tandis que la présence de « sourcils » légèrement surélevés et en forme de cornes rappelle les excroissances du reptile. Mais l’imitation ne s’arrête pas là : le crapaud reproduit également le sifflement de la vipère (semblable au bruit d’un ballon se dégonflant), et s’allonge lorsqu’il se sent en danger afin de paraître encore plus menaçant.

Un camouflage convaincant

« Vu de dessus, la crapaud fait une vipère convaincante », note Eli Greenbaum, chercheur à l’université du Texas à El Paso et auteur principal de l’étude. « Il ne s’agit pas d’une imitation parfaite, et ce camouflage ne résistant pas à un examen approfondi, mais lorsque le modèle se révèle aussi venimeux et redouté que peuvent l’être les vipères du Gabon, les prédateurs ne sont généralement pas en mesure de faire la différence. »

Les auteurs de l’étude notent en effet que de nombreuses espèces, et plus particulièrement les primates, partageant l’habitat de ce redoutable serpent africain ont une peur innée de celui-ci et l’évitent à tout prix. Par conséquent, ceux-ci estiment qu’ils pourraient instinctivement éviter le batracien, bien que les travaux réalisés jusqu’à présent n’aient pas permis de le confirmer de façon définitive.

La vipère du Gabon (Bitis gabonica) passe une grande partie de son temps tapie dans les feuilles lorsqu’elle chasse — © Colin Tilbury

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