Pourquoi enfermer des centaines de serveurs dans un tube d’acier et les abandonner au fond de la mer pendant deux ans ? Microsoft a tenté l’expérience en Écosse. Le résultat fut spectaculaire : sous l’eau, les machines se sont révélées étonnamment plus fiables.

Pendant deux ans, ce data center a fonctionné à 36 mètres sous la mer sans technicien
Au large des Orcades, en Écosse, Microsoft a posé en 2018 un étrange cylindre blanc sur le fond marin. Baptisé Northern Isles, il embarquait 864 serveurs répartis dans douze baies, avec 27,6 pétaoctets de stockage. Puis l’écoutille a été refermée. Pendant plus de deux ans, aucun technicien n’est venu remplacer une pièce.
Lorsque le module a refait surface en juillet 2020, il ressemblait presque à un récif. Algues, bernacles et anémones avaient colonisé sa coque. Mais à l’intérieur, la surprise était autrement plus intéressante : sur les 855 serveurs étudiés, seuls six étaient tombés en panne, contre huit parmi seulement 135 machines comparables installées à terre.
Le secret n’était pas seulement l’eau froide, mais l’air que Microsoft avait fait disparaître
La première explication semble évidente : au fond de la mer du Nord, les serveurs bénéficiaient d’une température relativement stable. Pourtant, Microsoft a rapidement regardé ailleurs. Northern Isles était hermétiquement fermé et rempli d’azote sec, à pression atmosphérique, au lieu de fonctionner dans l’air ordinaire chargé d’oxygène et d’humidité.
Ce détail compte énormément. L’oxygène favorise certains phénomènes de corrosion des composants électroniques, tandis que l’humidité complique encore leur vieillissement. Dans un environnement sec et presque chimiquement inerte, les machines subissaient moins d’agressions. Microsoft estime que cette atmosphère contrôlée a largement participé à la différence de fiabilité observée.
Il manquait aussi quelque chose de très banal : des humains. Pas de câble déplacé, de serveur manipulé ou de composant heurté pendant une opération de maintenance. Les chercheurs ont identifié cette absence d’interventions physiques comme une autre piste majeure. Étrangement, pour maintenir des ordinateurs en bonne santé, les laisser complètement tranquilles pourrait être une excellente stratégie.
Une efficacité impressionnante qui n’a pourtant pas suffi à sauver l’expérience
L’immersion présentait un autre avantage : évacuer la chaleur devenait beaucoup plus simple. Microsoft avait mesuré un PUE d’environ 1,07, un indicateur d’efficacité énergétique où le score idéal serait 1. La mer fournissait un environnement permettant de refroidir efficacement les équipements, sans reproduire les énormes installations de climatisation de nombreux centres terrestres.
Sur le papier, tout semblait donc presque trop beau : moins de pannes, refroidissement très efficace, fonctionnement sans personnel et possibilité d’installer les infrastructures près des régions côtières très peuplées. Pourtant, aucune flotte de capsules Microsoft n’a colonisé les océans. En juin 2024, l’entreprise confirmait que Project Natick n’était plus actif.
Microsoft a rangé ses capsules, mais l’idée des data centers sous-marins continue ailleurs
Cette décision ne signifie pas que l’expérience était un échec. Noelle Walsh, alors responsable des opérations cloud et infrastructures chez Microsoft, a expliqué que le système avait bel et bien fonctionné. Les enseignements concernant les vibrations, la fiabilité et l’exploitation sans intervention humaine peuvent désormais nourrir d’autres architectures, sans nécessairement envoyer des serveurs sous l’océan.
Pendant ce temps, la Chine poursuit précisément cette piste. À Hainan, un centre de calcul sous-marin commercial a été progressivement déployé à une trentaine de mètres de profondeur. En mars 2025, l’agence Xinhua annonçait l’achèvement d’un cluster comprenant notamment un nouveau module équipé de plus de 400 serveurs haute performance.
L’expérience de Microsoft laisse donc derrière elle une drôle de leçon. Le futur des data centers ne se trouve peut-être pas au fond des mers, mais certaines de leurs meilleures idées pourraient venir de là : moins d’oxygène, moins de manipulations, davantage d’automatisation et des systèmes thermiques plus sobres. Reste à savoir jusqu’où ces principes peuvent être transposés sur terre.
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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