Poussées dans leurs derniers retranchements par le changement climatique, les mésanges deviennent de plus en plus violentes et n’hésitent pas à s’en prendre à d’autres espèces d’oiseaux, comme les gobe-mouches. Explications.

 

Quand les mésanges charbonnières massacrent les gobe-mouches noirs

Seuls représentants du règne animal rattachés aux dinosaures à avoir survécu à leur extinction il y a 66 millions d’années, les oiseaux n’ont à première vue pas grand chose à voir avec leurs ancêtres. Pourtant, plusieurs recherches ont démontré que la mésange était l’animal qui se rapprochait le plus du T. Rex d’un point de vue comportemental. Une affirmation corroborée par une récente étude parue dans la revue Cell, qui a établi que le changement climatique transformait ce petit animal, à première vue inoffensif, en véritable machine à tuer.

Après avoir constaté les morts suspectes de plusieurs mâles gobe-mouches noirs, oiseaux partageant leur niche écologique avec les mésanges charbonnières et occupant parfois le même nid, les chercheurs hollandais sont arrivés à la conclusion que ces dernières en étaient responsables. Comme l’a expliqué Jelmer Samplonius, auteur principal de l’étude : « Nous avons remarqué que, certaines années, on retrouvait énormément de cadavres de gobe-mouches dans des nids de mésanges charbonnières, et nous nous sommes demandés si ce partage de niche entre les deux espèces en était responsable ».

 

Une conséquence directe du changement climatique

Présente sur l’ensemble du continent européen, la mésange charbonnière ne migre pas. Elle se retrouve par conséquent fortement impactée par les effets du réchauffement climatique et est contrainte de s’adapter. Avec des hivers de plus en plus doux, les chenilles, principale source de nourriture des mésanges, prolifèrent plus tôt qu’auparavant, ce qui a pour conséquence de décaler les volatiles. À l’inverse, les gobe-mouches noirs, migrateurs, se réfugient dans des contrées plus clémentes et ne subissent pas les conséquences découlant de la hausse des températures hivernales.

Comme l’explique Élie Gaget, chercheur à l’Institut de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes : « Auparavant, les périodes de nidification des deux espèces se succédaient, désormais, elles se chevauchent ». Par conséquent, les gobe-mouches trouvent leurs niches occupées par des mésanges en pleine couvaison lorsqu’ils reviennent de leur migration. Les mésanges mâles se montrant particulièrement agressives lorsqu’il s’agit de défendre leurs progénitures, la mortalité des mâles gobe-mouches à augmenté de près de 9 % ces dernières années.

Une escalade de la violence qui ne met cependant pas en danger la pérennité de ces deux espèces, puisque seuls les mâles rentrant le plus tard de leurs migrations, plus faibles et peu susceptibles d’engendrer une descendance, font les frais de la furie des mésanges.

Les mâles gobe-mouches sont les principales victimes de la mésange charbonnière © Derek Keats/Flickr

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