Japan Expo 2012 — © Lomita / Wikimedia Commons

La crise sanitaire engendrée par le coronavirus n’épargne aucun secteur. Entre la fermeture des librairies françaises, la paralysie des studios d’animation nippons et l’annulation des conventions, les temps sont durs pour l’industrie du manga et de l’animation japonaise.

L’animation japonaise en crise, alors que la demande augmente

Le confinement est une véritable aubaine pour les plateformes de streaming spécialisées dans l’animation japonaise, telles que Crunchyroll ou ADN Anime. En effet, les Français étant enfermés chez eux, c’est l’occasion pour eux de découvrir et de binge-watcher les séries cultes que proposent leurs catalogues. Julien Lemoine, directeur général du site de streaming Anime Digital Network, confirme cette augmentation des fréquentation au Monde : « Nous tournions entre 15 et 20 millions de pages vues par mois, ça a doublé, avec 40 millions de pages vues entre le 15 mars et le 15 avril. On a vu aussi notre fond de catalogue comme les contenus en VF être beaucoup plus consulté qu’habituellement, ce qui montre un certain changement de profil chez nos récents abonnés. » Une diversification des profils que confirme Adeline Méheut, coordinatrice marketing chez Wakanim : « On observe que les gens recherchent des intégrales et les binge-watchent, qu’ils suivent plusieurs titres, là où autrefois on constatait que nos utilisateurs suivaient plutôt une grosse série fidèlement chaque semaine. »

Néanmoins, ce sont bien les seuls à profiter de la crise. En effet, cette industrie, qui rapporte plus de 17 milliards de dollars annuels, soit environ 15,7 milliards d’euros, traverse une passe difficile. Le Japon connaissant l’état d’urgence depuis début avril, le fonctionnement des studios d’animation et de doublages est plus que perturbé. Certains ont fermé, d’autres sont en télétravail mais fonctionnent à débit réduit. Par conséquent, les animés à la diffusion hebdomadaire sont perturbés. Par exemple, le studio Toei a reporté la diffusion de One Piece, Digimon et Pretty Cure au Japon. De même, Kingdom a dû être suspendu en plein dans sa saison 3. De nombreux animés sont donc reportés à l’automne, voire à 2021, ce qui est le cas pour la saison 2 de l’excellent The Promised Neverland.

La crise touche également les distributeurs de longs métrages d’animation japonaise, qui ont perdu tout chiffre d’affaires, les salles de cinéma étant fermées jusqu’à nouvel ordre. Un coup d’autant plus difficile à encaisser que le festival du film d’animation d’Annecy ne pourra se tenir qu’en ligne cette année, ce qui prive le médium d’un coup de projecteur plus que bienvenu.

Un report stratégique des publications de mangas

Du côté des mangas, la publication des magazines comme le Weekly Shonen Jump ou le Shonen Jump +, qui publient chaque semaine de nouveaux chapitres, se retrouve également retardée. Les nouveaux chapitres de Demon Slayer, Super Dragon Ball Heroes et Boruto ont donc été différés. Si cela n’impacte pas trop la production française, du fait du gros décalage entre les parutions française et japonaise, la fermeture des librairies a mis un arrêt brutal à la croissance des ventes de mangas depuis le début de l’année, avec en 2019 14,4 % de progression de ventes d’albums, selon le bilan annuel du Journal du Japon. Chaque éditeur français a donc dû revoir son calendrier, décaler les sorties de deux mois et reporter certains lancements de séries à la rentrée. D’autres ont aussi décidé de diminuer le nombre de parutions pour les mois à venir, pour ne pas envahir les libraires à leur réouverture.

Des milliers d’indépendants privés de travail avec l’annulation des conventions

Toutes les conventions, quelle que soit leur nature, ont été annulées afin d’éviter la propagation du coronavirus. La première à en faire les frais a été la convention bisannuelle Paris Manga & Sci-Fi Show, qui rassemble 70 000 visiteurs par édition. Le 14 avril, l’annulation de la Japan Expo 2020, un des plus grands salons de France dédié à la pop culture japonaise qui devait tenir sa 21e édition du 2 au 5 juillet 2020, a été annoncée. Cette convention avait accueilli plus de 250 000 visiteurs en 2019 et représente un rendez-vous incontournable pour les passionnés, mais également tous ceux qui travaillent dans le domaine de l’animation et du manga. Cela a mis au chômage 10 000 personnes qui devaient y travailler, que ce soit en tant que prestataires, saisonniers, intermittents, artistes ou commerçants de foire. Autant de personnes qui vont devoir subir l’impact économique de cette annulation.

La Japan Expo se tiendra à la place du 15 au 18 juillet 2021, toujours au parc des expositions de Paris-Nord Villepinte, et devrait susciter un enjouement double afin de rattraper son retard.

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