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En étudiant les blessures de différents spécimens de loup préhistorique, une équipe de scientifiques chinois a pu déterminer que cette espèce évoluait en meute depuis plus d’un million d’années. Explications.

Un comportement ancestral

Aujourd’hui, les loups vivent et chassent en meute, ce qui leur permet notamment de s’attaquer à des proies massives. Dans le cadre de travaux présentés dans la revue PeerJ, des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences ont cherché à savoir quand ce comportement de groupe était apparu. Pour ce faire, ceux-ci se sont penchés sur des spécimens de Canis chihiliensis, loup préhistorique ayant évolué en Chine il y a environ 1,3 million d’années. Les fossiles étudiés ont été mis au jour dans le bassin de Nihewan, célèbre site paléontologique de l’ère glaciaire situé dans le nord du pays.

Les scientifiques ont relevé des signes de blessures débilitantes aux mâchoires et aux pattes, et constaté que les animaux avaient survécu assez longtemps pour qu’elles guérissent, ce qui laisse penser que le partage de nourriture et l’entraide avaient déjà cours chez ce canidé primitif.

« Les prédateurs supérieurs sont rares dans les archives fossiles en raison de leur position dans la pyramide alimentaire. Et les blessures dévastatrices ayant guéri encore plus rares. Les fossiles d’un passé lointain présentant des traces de graves blessures ont longtemps fasciné les paléontologues, car ils racontent des histoires rarement connues », note le Dr Xiaoming Wang, qui a supervisé les recherches.

Des stigmates de blessures éclairant les chercheurs sur l’organisation sociale de l’espèce

C. chihliensis était un grand canidé pourvu d’une mâchoire et de dents robustes, qui lui permettaient de broyer les os de ses proies. Les traces de blessures relevées sur les squelettes des différents spécimens ont offert des indices supplémentaires concernant la façon dont l’animal se déplaçait et se comportait. Avec le premier cas connu d’infection dentaire chez cette espèce primitive, probablement survenue en concassant l’os pour atteindre la moelle, ce que font les loups modernes lorsqu’ils chassent des proies imposantes.

L’équipe a également découvert que l’un des spécimens avait souffert d’une triple fracture du tibia (une blessure qui aurait rendu ce prédateur actif inapte), mais que celle-ci avait eu le temps de cicatriser, ce qui suggère que celui-ci se soit procuré de la nourriture d’une autre manière que par la chasse durant sa convalescence, probablement avec l’appui d’une meute.

Afin de mieux interpréter ces blessures, les scientifiques chinois ont également examiné des spécimens de loup sinistre (Canis dirus), autre grand canidé disparu dont de nombreux fossiles ont été découverts au sein du gisement du Rancho La Brea, situé au cœur de Los Angeles.

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Un comportement commun à travers les espèces, les continents et le temps

Alors que de précédents travaux avaient montré que ce loup géologiquement plus jeune que C. chihliensis (celui-ci ayant évolué en Californie il y a environ 55 000 à 11 000 ans) était également un prédateur s’attaquant à de grandes proies et possédant une structure sociale similaire à celle de l’actuel loup gris, ces nouvelles analyses ont révélé qu’il présentait des stigmates de blessures aux dents, à la mâchoire et aux pattes similaires à ceux du canidé primitif chinois.

« Découvrir que ces infections dentaires et ces fractures du tibia étaient communes au loup chinois primitif et au loup sinistre du Rancho La Brea était extraordinaire », souligne le Dr Mairin Balisi, co-auteure de l’étude travaillant pour le Tar Pits and Museum de La Brea . « Les collections du musée sont précieuses pour de nombreuses raisons. Dans le cas présent, elles nous ont permis d’observer un comportement commun à travers les espèces, les continents et le temps. »

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