Ces derniers étés, la température dans certaines rames du métro londonien atteignait près de 40 degrés à cause du confinement humain, l’absence de climatisation et la déperdition de chaleur des machines. Mais cette chaleur souterraine va prochainement servir à chauffer les habitants.

UNE INITIATIVE PROMETTEUSE POUR LES BESOINS DES MÉGALOPOLES

Dans un contexte où les villes modernes se doivent de trouver des solutions renouvelables pour répondre aux besoins, croissants et gigantesques, des populations urbaines, la ville de Londres a donc lancé la réalisation de son projet visant à capturer la chaleur produite sous la surface de la ville pour alimenter les besoins domestiques. La centrale de Bunhill, au nord de la ville, proposait déjà à 700 foyers un chauffage plus « vert », en redistribuant les déperditions de chaleur issues de la production d’énergie électrique.

Avec ce projet, né d’une collaboration entre le quartier d’Islington, Transport for London et la firme Ramboll, près de 1100 foyers ainsi que divers bureaux et bâtiments publics peuvent espérer être alimentés par la chaleur de la Northern Line dans les prochains mois. Des conduites d’eau, situées entre les stations Angel et Old Street, permettront d’accumuler la chaleur souterraine avant de la redistribuer dans le réseau d’alimentation d’Islington, pour répondre aux besoins de chauffage et d’eau chaude. 

Durant les mois de l’été, le système pourra aussi être inversé pour rafraîchir les stations de métro depuis l’extérieur. La mairie de Londres a décidé de s’engager contre les modes de consommation gourmands en énergie, notamment en interdisant le chauffage au gaz pour tous les nouveaux foyers à partir de 2025. 

UN SYSTÈME PROPRE DE REDISTRIBUTION DE CHALEUR 

Ce projet marquant de distribution de la chaleur du métro est un exemple de district heating, autrement dit de système de chauffage collectif provenant de déperditions de chaleur dues à la production industrielle, aux centrales d’énergie, aux rivières et autres complexes miniers — c’est-à-dire des sources naturelles et humaines. Selon The Greater London Authority, l’administration chargée de la gestion du grand Londres, 38 % des besoins de chauffage de la métropole pourraient être alimentés par ce procédé. 

Ce système d’alimentation collectif — utilisé notamment par le Danemark qui, après la crise du pétrole de 1973, se trouvait dos au mur et décida de se tourner vers une alternative qui lui garantissait plus d’indépendance énergétique — le district heating permet de se servir des pertes de l’industrie et de la production d’énergie. De ce fait, cela permet de se passer de consommation de gaz supplémentaire, de combustion d’énergie supplémentaire, et d’offrir des coûts réduits pour le consommateur. 

— JuliusKielaitis / Shutterstock.com

ET AILLEURS ? 

À l’échelle du continent, le district heating est promu par la directive européenne CHP – Combined Heat and Power – de 2004, cependant les différences d’usages entre les pays sont marquées. La pratique est économe mais pas toujours synonyme d’énergie propre : en effet, la Pologne (40 %) et la Russie utilisent à grande échelle ces techniques de récupération de chaleur, mais à partir de centrales à charbon par exemple, très polluantes.

De même, la technique n’est pas applicable partout et ce sont généralement les régions urbaines qui peuvent le plus en bénéficier, les sources de chaleur étant généralement plus nombreuses. L’Islande reste pourtant le pays où ce procédé est le plus répandu, et profite de ses ressources naturelles : 95 % du pays se chauffe par géothermie, grâce à la chaleur des volcans récupérée dans le sol. En France, 500 000 logements parisiens sont concernés, soit un tiers du total ; les réseaux de Metz, Grenoble et Toulouse sont aussi de taille, et se servent de la chaleur des incinérateurs pour la redistribuer dans les environs. 

Alors que la consommation énergétique des data centers devient une réelle préoccupation (ils représentaient 4 % de la consommation énergétique mondiale en 2015, en croissance de 5 % par an), cette technique pourrait épargner une consommation supplémentaire pour les besoins de chauffage des foyers environnants : l’initiative est déjà en construction en Norvège.

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