Six volontaires viennent de disparaître du monde connecté pour vivre comme un équipage en route vers Mars. Pas de réseau, peu d’espace, des journées millimétrées : avec SOLIS100, l’ESA veut savoir si l’être humain peut vraiment garder la tête froide quand la Terre devient inaccessible.

À Cologne, un habitat fermé reproduit les contraintes concrètes d’un long voyage spatial
Depuis fin avril 2026, six Européens vivent enfermés à Cologne, dans l’installation Envihab du Centre aérospatial allemand. Pourtant, l’expérience pilotée par l’Agence spatiale européenne (ESA) et le DLR n’a rien d’un décor de cinéma. Pendant 100 jours, ce petit équipage dort, travaille et s’organise dans un cadre confiné et contrôlé.
L’idée paraît presque simple : recréer sur Terre une partie d’une mission lointaine. Mais l’illusion devient vite sérieuse. En effet, les volontaires ont entre 26 et 32 ans. Ils viennent de six pays européens. Surtout, ils ont été retenus après des tests médicaux, psychologiques et physiologiques exigeants.
SOLIS100 observe comment le stress, la fatigue et la cohabitation transforment un équipage
Dans une fusée, chaque bruit compte. Dans un habitat fermé, chaque soupir aussi. Ainsi, SOLIS100 observe la dynamique du groupe avec une attention presque chirurgicale. Coopération, irritabilité, fatigue, conflits minuscules : tout compte. Ce n’est pas spectaculaire. Pourtant, c’est souvent là que les missions longues se gagnent ou se fissurent.
Le quotidien des participants ressemble à celui d’astronautes en mission. Il enchaîne expériences scientifiques, tâches opérationnelles, exercices et procédures. Rien n’est laissé au hasard. Car l’objectif est clair : mesurer les réactions du corps et de l’esprit dans un espace réduit, loin des proches et des imprévus ordinaires.
Contrairement aux études d’alitement, SOLIS100 regarde ailleurs. Ces protocoles simulent surtout les effets de la microgravité sur les muscles et les os. Ici, le sujet principal reste la résistance mentale. Sommeil, stress, mémoire, humeur, microbiome intestinal : les chercheurs traquent les signaux faibles avant les alertes rouges.
Le délai de communication avec Mars oblige les astronautes à décider sans aide immédiate
La Station spatiale internationale tourne à environ 400 kilomètres au-dessus de nos têtes. En cas de problème, la Terre reste proche, presque rassurante. Mars, elle, change brutalement les règles du jeu. Or, selon la position des planètes, un message peut mettre jusqu’à 20 minutes à parvenir à destination.
Ce délai transforme une conversation banale en échange fantôme. Ainsi, une question envoyée au contrôle au sol peut attendre plus de 40 minutes. Aller-retour compris. En cas d’urgence médicale, de panne ou de conflit, cette lenteur impose une évidence : l’équipage devra décider seul.
Les résultats aideront l’ESA à mieux sélectionner et soutenir les futurs équipages martiens
Les données récoltées jusqu’à la fin de l’été 2026 doivent aider l’ESA. Elles serviront à affiner la sélection, l’entraînement et le soutien psychologique. Car une mission martienne coûterait des milliards d’euros. Pourtant, sa réussite pourrait dépendre d’un détail fragile : la cohésion humaine sous pression.
SOLIS100 s’inscrit d’ailleurs dans une lignée d’expériences analogues, comme Mars500. Ce programme avait enfermé un équipage pendant 520 jours, entre 2010 et 2011. Mais la nouveauté tient ici à la précision des mesures. Elle tient aussi à une approche plus attentive au bien-être et à l’autonomie.
Au fond, cette fausse station allemande raconte quelque chose de très concret. L’exploration spatiale ne sera pas seulement une affaire de moteurs, de carburant et de trajectoires. Avant de poser le pied sur Mars, il faudra donc répondre à une question intime : combien de solitude un équipage peut-il emporter sans se perdre en route ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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