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Les créatures invisibles qui dominent vraiment le puits de carbone océanique, bien au-delà du krill célèbre

Le krill antarctique fascine les climatologues depuis des décennies, mais une étude 2025 vient de renverser la hiérarchie : les vrais moteurs du stockage carbone hivernal océan Austral sont les copépodes, invisibles et innombrables, qui contrôlent 80 % du flux.

Submersible illuminant des créatures marines bioluminescentes dans les profondeurs abyssales.
Un submersible de recherche explore les abysses, révélant une biodiversité bioluminescente exceptionnelle dans les grandes profondeurs océaniques. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

La découverte qui réécrit le rôle du zooplancton

L’étude internationale dirigée par Guang Yang paraît en juin 2025 dans Limnology & Oceanography. Pour la première fois, la migration saisonnière complète du zooplancton de l’océan Austral est quantifiée. Son impact sur le stockage carbone profond aussi. Le résultat surprend : 65 millions de tonnes de carbone par an plongent vers les fonds marins. Les copépodes en fournissent 80 %. Ce sont des organismes minuscules, invisibles à l’œil nu. Le krill, créature vedette, ne représente que 14 % du flux (9,1 MtC/an). Les salpes capturent les 6 % restants.

Cette hiérarchie surprend. Le krill a un rôle bien connu : il nourrit cétacés, phoques et oiseaux marins de l’Antarctique. Il constitue le cœur de la chaîne alimentaire polaire. Pour le stockage de carbone hivernal, les copépodes dominent pourtant largement. Ce mécanisme enfouit le gaz carbonique dans les profondeurs, où il reste piégé des siècles. « Le krill est célèbre pour son rôle dans la chaîne alimentaire antarctique, mais ce sont les copépodes qui dominent très largement le stockage carbone hivernal », explique Jennifer Freer, chercheuse au British Antarctic Survey. Les copépodes sont cent fois plus petits que le krill, mais leur nombre compense cette différence. Leurs populations denses produisent un flux carbone sans équivalent.

Ce renversement a des implications immédiates pour la conservation. Pendant des années, les stratégies de protection océane se sont concentrées sur le krill, célèbre figure de proue. Or, une approche limitée au krill seul présente un risque. Elle néglige les organismes qui font discrètement le vrai travail de stockage climatique.

Pourquoi les copépodes gagnent l’hiver austral

La mécanique est simple, mais puissante. Les copépodes suivent un principe écologique élémentaire : petits, nombreux, récurrents. L’hiver austral, ils migrent de la surface illuminée vers les profondeurs sombres. La descente couvre des centaines de mètres verticaux. Chaque fèce de copépode est minuscule. Mais elle s’accumule par milliards, et crée un flux massif de matière organique qui coule. Le krill suit un schéma saisonnier différent : reproduction estivale au large, alimentation hivernale aux marges des glaces. Ses fèces sont plus volumineuses individuellement. Leur timing saisonnier ne correspond pas au pic d’efficacité du puits carbone hivernal.

Cette distinction soulève une question scientifique majeure. Les modèles climatiques mondiaux intègrent-ils vraiment cette géométrie du zooplancton ? L’océan Austral absorbe environ 40 % du dioxyde de carbone anthropique capturé par l’ensemble des océans. Si la pompe biologique carbone repose à 80 % sur les copépodes, les modèles prédictifs doivent être recalibrés. Ils ont longtemps sous-estimé ce rôle. Ce mécanisme transforme le CO₂ atmosphérique en matière profonde.

Reste une nuance importante : les marges d’incertitude demeurent substantielles. Les études du mécanisme parlent d’incertitudes de l’ordre de 50 % sur les magnitudes globales. La définition même de « séquestration » reste débattue parmi les spécialistes. Les copépodes transportent bien du carbone vers les profondeurs, à plus de 381 mètres en moyenne. Le stockage long-terme atteint cent ans ou plus. Mais la permanence absolue n’est pas garantie. L’acidification océane et le changement climatique polaire menacent déjà l’équilibre des populations.

Ce que la CCAMLR doit désormais protéger

Reconnaître le rôle dominant des copépodes n’efface pas l’importance du krill. Ce constat élargit la vision de la conservation océane. « Bien que moins connus, les copépodes détiennent la clé pour comprendre comment l’océan Austral piège le carbone pendant plus d’un siècle », résume Jennifer Freer. Les politiques internationales doivent désormais penser au-delà du krill seul.

La Commission pour la Conservation de la Faune et de la Flore Marines de l’Antarctique (CCAMLR) est en première ligne. Ses quotas de pêche au krill, négociés année après année, ignorent aujourd’hui la contribution carbone des copépodes. Une approche multi-espèce protège l’ensemble du zooplancton. Ce n’est pas une concession à la science modérée, mais une exigence du réalisme écologique.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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