Le Nicaragua a annulé en 2024 la concession accordée à un homme d’affaires chinois pour un canal jamais creusé. Quelques mois plus tard, le gouvernement a signé de nouveaux contrats avec une entreprise chinoise différente. Le tracé change, mais l’ambition de rivaliser avec Panama reste intacte.

Un accord signé en 2013 entre Ortega et un magnat chinois lance le plus vaste chantier d’Amérique centrale
En 2013, Daniel Ortega serre la main de Wang Jing, magnat chinois des télécoms. Ainsi, l’accord accorde une concession renouvelable de cinquante ans pour un canal trois fois plus long que celui de Panama. Ports, oléoduc, voie ferrée et aéroport accompagnent aussi le projet, exonérés d’impôts.
Le Nicaragua espère alors une croissance inédite, portée par ce chantier pharaonique. Ortega vise un bond du PIB de 4,5 % à 10 % dès les premières années d’exploitation. Le régime promet également 50 000 emplois pendant la construction, puis 200 000 une fois le canal ouvert.
Un coût vertigineux dépasse alors 50 milliards de dollars, soit quatre fois le PIB du pays. Ce territoire compte 6,2 millions d’habitants, dont 40 % vivent sous le seuil de pauvreté. En clair, miser une telle somme revient à engager quatre budgets nationaux dans un seul chantier.
Treize kilomètres de piste et des peines de plus de 200 ans de prison résument le chantier à l’arrêt
Le 22 décembre 2014, des pelleteuses inaugurent une route de 13 kilomètres près du futur tracé. Six ans plus tard, seul un chemin de terre compactée subsiste. Malgré la cérémonie symbolique du premier coup de pioche, personne n’a jamais creusé le canal.
Par ailleurs, le projet menace des milliers de paysans d’expropriation le long du tracé prévu. En 2019, un juge condamne trois meneurs des protestations à 216, 210 et 159 ans de prison. Le pouvoir les accuse d’avoir fomenté un coup d’État manqué.
La fortune de Wang Jing s’effondre en 2015 et les techniciens chinois quittent le pays
En octobre 2015, les actions de Xinwei s’effondrent en Bourse et emportent la fortune de Wang Jing. Sa richesse personnelle chute de 10,2 milliards à 1,1 milliard de dollars. Sans financement, le chantier se fige donc aussitôt.
Dès avril 2017, les derniers techniciens chinois quittent leurs bureaux au Nicaragua. Un an plus tard, HKND résilie le bail de son siège à Hong Kong. Les analystes considèrent alors le projet comme mort, même si l’entreprise conserve ses droits légaux sur la concession.
Le Congrès annule la concession en 2024, avant qu’un nouveau projet chinois ne redémarre quelques mois après
En mai 2024, le Congrès nicaraguayen révoque enfin la concession de Wang Jing. Les députés votent ainsi la réforme en urgence et à l’unanimité, à la demande d’Ortega. Une avocate environnementale qualifie l’épisode de défaite colossale pour le régime.
Six mois plus tard, Ortega dévoile un nouveau tracé de 445 kilomètres. Le canal évite désormais le lac Nicaragua et relie Bluefields à Corinto via le lac Xolotlán. L’entreprise chinoise CAMC remplace HKND et signe un contrat pour construire le port de Bluefields.
En 2025, le budget nicaraguayen exécute environ 84 millions de dollars liés à CAMC. L’État finance ce virage grâce à un prêt international de 440,6 millions de dollars. Pourtant, en avril 2026, aucun chantier visible n’accompagne encore ces annonces.