Pendant des siècles, les agriculteurs suédois ont utilisé un chant aiguë pour appeler les vaches, parfois éloignée à plus de 50 kilomètres. Lumière sur le kulning, une mélodie ancestrale aujourd’hui réinventée.

 

Jonna Jinton, chanteuse de kulning

Lorsque Jonna avait douze ans, elle a fait une incroyable découverte : le Kulning, un chant ancestral suédois. Elle était en sortie avec sa classe dans le musée de la musique lorsqu’elle a entendu pour la première fois cette mélodie aiguë.

Depuis, Joanna Jinton a réussi à maîtriser cette technique vocale scandinave. Elle interprète et publie ses propres chansons de Kulning, pour les partager à des centaines de milliers d’abonnés sur Youtube. La plupart des personnes qui visionnent ses vidéos découvrent tout juste le Kulning. Mais pourtant, ce chant n’a rien de nouveau.

 

Qu’est-ce que le kulning ?

Le Kulning est un art rituel et ancestral, pratiqué par de nombreuses femmes pendant des centaines d’années. Durant le printemps et l’été, les agriculteurs avaient l’habitude d’envoyer leur bétail dans des alpages et des forêts isolées. Les animaux étaient laissés libre et pouvaient profiter de la nature. Mais bien sûr à l’approche du crépuscule, les vaches et chèvres devaient regagner les chalets. Et c’est spécifiquement pour les appeler que le Kulning a été inventé.

Le chant suédois permet d’amplifier les voix des femmes à travers les paysages montagneux. Pouvant atteindre 125 décibels, le Kulning peut être entendu par une vache errant à plus de 50 kilomètres. La mélodie aiguë était donc un moyen infaillible pour rapatrier les animaux à la fin de chaque journée.

Toutefois, les vaches n’étaient pas les seules à qui était destiné le Kulning. L’appel aurait également servi, dans une moindre mesure, à éloigner les prédateurs tels que les loups.

Qu’apportait-il aux populations ?

Les agriculteurs et agricultrices s’isolaient pendant de longs mois en montagne. Loin de leur village, ils s’occupaient des animaux, mais faisaient aussi du tricot et du fromage. Le Kulning était vécu comme un chant utile et pratique, mais permettait également d’établir des liens forts avec les vaches, et de manifester une expression musicale individuelle. En effet, le chant de chaque femme était unique. Même si, elles l’apprenaient en imitant leurs aînées, chaque jeune femme rajoutait sa touche vocale individuelle. Si bien qu’à plusieurs dizaines de kilomètres, les vaches pouvaient reconnaître distinctement leurs voix.

Susanne Rosenberg, professeur et chef du département de musique folklorique au Royal College of Music de Stockholm et experte en Kulning, a expliqué que la technique vocale remonte au moins à l’époque médiévale. Certaines théories la considèrent comme l’une des premières façons d’apprivoiser les animaux en Scandinavie, et ce, dès l’époque préhistorique.

Mais entre les années 1960 et 1980, les troupeaux isolés en été ont disparu, et forcément le Kulning aussi. Quelques historiens et musiciens tels que Susanne Rosenberg ont toutefois réussi à conserver cette pratique, partie intégrante de la culture suédoise. Le Kulning assiste désormais à un renouveau, il est enseigné, et réinventé sous un nouveau jour par des artistes tels que Jonna Jinton.

 

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