Si l’Islande possédait une devise nationale, ce serait probablement « þetta reddast », que l’on pourrait traduire par « les choses finiront bien par s’arranger ». Depuis des siècles, c’est cette mentalité qui guide son peuple, pas épargné par les catastrophes naturelles et les drames.
À première vue, cette philosophie de vie, mêlant optimisme et stoïcisme, peut sembler paradoxale. Depuis l’arrivée des Vikings au Xe siècle, jusqu’aux récentes catastrophes naturelles ayant contraint de nombreux habitants à abandonner leur foyer, l’histoire de l’Islande est jalonnée d’épreuves.
Dans son livre « The Little Book of the Icelanders in the Old Days », l’écrivaine islandaise Alda Sigmundsdóttir évoque également les hivers glacials et interminables, l’extrême pauvreté, et les éruptions volcaniques, dont celle dramatique du Laki en 1783, qui tua 10 000 personnes ainsi que la quasi-totalité des moutons de la région.
Il y a également eu de puissantes tempêtes qui ont décimé des villages entiers et coulé de nombreux bateaux de pêche. Selon Sigmundsdóttir, les conditions de vie sur l’île étaient si mauvaises que jusqu’au XVIIIe siècle, près de 30 % des bébés mouraient avant d’avoir atteint l’âge d’un an.

Si l’Islande est aujourd’hui un pays disposant d’installations ultra-modernes, au début du XXe siècle, la moitié de ses habitants vivaient encore dans des maisons traditionnelles recouvertes d’herbe. Il y a tout juste 45 ans, le volcan Eldfell explosait, crachant des millions de tonnes de cendres, engloutissant 400 bâtiments et forçant 5 000 personnes à quitter la région. En 1995, c’était cette fois une avalanche massive qui déferlait sur le village de Flateyri, prenant une vingtaine de vies et détruisant des dizaines d’habitations.
Situé à la limite des plaques tectoniques eurasienne et nord-américaine, le pays connaît en moyenne 500 tremblements de terre de faible magnitude par semaine, et son climat se révèle tout aussi instable : de fortes tempêtes peuvent balayer ses terres même en été, et au plus fort de l’hiver, le soleil ne brille pas plus de quelques heures par jour.
Sur une île largement exposée aux aléas météorologiques et géologiques, les Islandais ont appris à lâcher prise, en espérant que tout se passera pour le mieux. Pour ces derniers, le fameux « þetta reddast » est devenu un véritable mantra.
Pour bien saisir la portée de cette expression, il faut remonter aux origines du pays. Les premiers Islandais n’étaient pas des Vikings sanguinaires, mais des paysans norvégiens contraints de fuir leur patrie au IXe siècle. Craignant plus que tout le courroux du roi Harald Finehair, ces derniers ont bravé les eaux agitées de l’Atlantique Nord et parcouru près de 1 500 kilomètres à bord d’embarcations de fortune.
Si dompter ces contrées inhospitalières n’a pas été chose aisée pour ces premiers colons et leurs descendants, il y a près de deux décennies, les Islandais ont dû surmonter un obstacle bien différent. Frappés de plein fouet par la crise économique de 2008, ils ont depuis fait de leur île une destination touristique majeure, qui attire chaque année des millions de visiteurs.
Ce minuscule pays d’à peine 400 000 habitants a aussi déplacé des montagnes en atteignant les quarts de finale lors de l’Euro 2016, et en réussissant l’incroyable exploit de se qualifier deux ans plus tard pour la Coupe du Monde de Football organisée en Russie.

Comme l’explique Sigmundsdóttir : « Les Islandais ont dû faire face à tant de difficultés au cours de leur histoire qu’ils ont choisi d’adopter une philosophie de vie mêlant espoir et fatalisme. Pour eux, il s’agit de la meilleure façon d’affronter les difficiles conditions de vie sur l’île, en gardant bien à l’esprit que quoi qu’il arrive, la nature aura toujours le dernier mot ».
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