© capture d’écran Twitter

En Iran, pas un mois ne passe sans qu’un nouveau crime d’honneur ne soit recensé. Une jeune fille ou une femme est assassinée par un homme de sa famille sous prétexte qu’elle aurait « sali » l’honneur familial, et que seul un meurtre pourrait réparer ce tort. C’est ce qui est malheureusement arrivé à Romina Ashrafi, assassinée par son père dans la nuit du 21 mai pour avoir fui le foyer familial avec l’homme qu’elle aimait et souhaitait épouser. La jeune fille est depuis quelques jours le nouveau visage de la violence faite aux femmes. Elle est le véritable symbole de cette innocence bafouée par un patriarcat dévastateur, toujours en cours dans le pays.

La mort de Romina Ashrafi ou l’incarnation de la violence faite aux femmes en Iran

Romina Ashrafi est malheureusement l’une des nombreuses victimes de ce patriarcat destructeur et meurtrier. En lui tranchant la gorge avec une faucille, son père a nié son individualité, a nié son humanité la plus basique ; ce qui faisait Romina Ashrafi n’est plus, et ne sera plus jamais. Ce déni s’est même perpétué au-delà de sa mort, puisque sur l’affiche annonçant la cérémonie de deuil et l’enterrement, on ne trouve même pas de photos de la jeune fille. Seule une rose rouge la représente, et il est dit que les circonstances de sa mort font partie de sa « destinée voulue par Dieu ». Par ailleurs, cette affiche omet complètement le meurtre et place le nom du père assassin en premier dans la liste des personnes endeuillées.

La situation puis la mort de Romina Ashrafi semblent incarner tout ce qui est problématique avec la condition des jeunes filles et femmes en Iran. Rappelons tout d’abord que la jeune fille s’apprêtait à se marier avec Bahman Khavari, un homme vingt ans plus âgé qu’elle. Un trentenaire, alors qu’elle-même n’était âgée que de 14 ans. Il ne semble pas normal qu’un homme de trente-cinq ans jette son dévolu sur une enfant de 14 ans, et l’écart d’âge entre la jeune fille et son fiancé a suscité la colère de nombreux internautes iraniens qui l’ont qualifié de « pédophile ». La situation semble d’autant plus choquante que Bahman Khavari a révélé que Romina et lui entretenaient une relation amoureuse « depuis quelques années ».

Le code pénal iranien dispose que l’enfant est propriété de son père

Mais la différence d’âge n’est pas la raison pour laquelle Reza Ashrafi, le père de la jeune fille, a tué sa progéniture : le problème qui se posait selon lui dans ce mariage était l’union de sa fille avec un homme sunnite, alors que lui-même et sa famille sont chiites. Voici le deuxième problème qu’incarne la mort de Romina Ashrafi : un homme a le droit de tuer sa fille sous prétexte qu’elle aurait sali son honneur, et ce, sans faire face à une punition réellement significative.

Le code pénal islamique en application en Iran dispose que l’enfant est propriété de son père, puisque c’est le sang de ce dernier qui coule dans ses veines. Il a par conséquent tous les droits sur sa progéniture, et ne sera pas forcément puni en cas de crime contre celle-ci, alors que dans d’autres cas, un meurtrier est condamné par la peine de mort. Il est scandaleux que le père de la jeune fille ne risque qu’entre 3 et 10 ans de prison. Il est à ce jour en détention provisoire.

Une violence institutionnalisée

Malheureusement, le nombre de femmes et de jeunes filles tuées par leur famille « en vertu » du « crime d’honneur » n’est pas officiellement recensé par l’État, même si Hadi Mostafayi, responsable de la police de Téhéran, estime que les crimes d’honneur représentent 20 % des meurtres en Iran. De son côté, l’Association iranienne pour la défense des droits de l’enfant déclare avoir recensé au moins trente femmes et jeunes filles tuées par leur père depuis 2001.

Cette absence de chiffres officiels s’explique notamment par la connivence et la complaisance envers ce type de crime, puisque les membres de la famille et les amis des meurtriers s’entraident et se mobilisent afin que les médias n’entendent jamais parler de ce genre d’affaires. Par ailleurs, certains estiment que de nombreuses enquêtes sont bâclées dans le but de ne pas nuire à la famille, et le juge est beaucoup plus bienveillant envers les pères de famille assassins.

Comme nous le disions plus tôt, l’assassinat de Romina Ashrafi en 2020 est l’un des reflets de cette violence institutionnalisée contre les femmes en Iran. Cela fait pourtant plusieurs années, voire plusieurs décennies que les femmes se battent pour leurs droits, mais le gouvernement est inefficace, incapable de trouver des solutions pour préserver les femmes et le droit des femmes. Et, bien malheureusement, la situation n’est pas près de changer puisque la nouvelle assemblée du Parlement, élue récemment, reste très conservatrice.

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Dejonghe
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Dejonghe

Si les voleurs et vandaliseurs viennent mettre le coronavirus chez moi, c’est aussi une tentative de meurtre. Ou la frapper sur la tête ou m’amender afin qu’elle ne sache plus survivre volontairement. Et abandonner ses enfants petits pour une garce c’est aussi hyper grave.

Dejonghe
Invité
Dejonghe

Essayer s’endetter quelqu’un pour qu’il ne puisse plus survivre c’est aussi grave, le frapper sur la tête abandonner ses enfants sans ressources pour une garce…