Comment l’intelligence artificielle façonnera le monde en 2030 ?

La One Hundred Year Study of Artificial Intelligence a publié un premier rapport sur le visage qu’arborerait notre société en 2030 grâce aux vertus de l’intelligence artificielle.

En 2014, la prestigieuse Université de Stanford lance le projet OHYSAI : pendant cent ans, un colloque d’experts du monde scientifique se réunira pour analyser, exploiter et guider les avancées de l’Intelligence Artificielle. En 2016, le comité publie un rapport de cinquante pages esquissant un futur où l’IA serait devenue une composante essentielle de notre civilisation – au même titre qu’internet.

Les experts s’adressent à quatre cibles bien distinctes : le quidam, les pontes de l’industrie, les gouvernements et organisations internationales, et les différentes institutions scientifiques afin de définir le cadre légal et éthique de leurs recherches sur cette technologie que l’on cerne encore mal, hein Microsoft ?

 

Home sweet home

Dans les quinze prochaines années, les progrès de l’Intelligence Artificielle seront tels que les robots domestiques deviendront la norme : livraison de colis, nettoyage, sécurité… Les entreprises spécialisées dans les hautes-technologies ont tout intérêt à développer cette branche encore largement sous-estimée. Elles investiront des sommes colossales dans la fiabilité et l’entretien de leurs machines; autant de ressources qui ne seront jamais allouées au développement des robots de compagnie. A cette vitesse, la maison ultra-connectée entièrement autonome ne relève plus de la science-fiction. Encore une fois, les Simpson pourraient avoir vu juste avec plusieurs décennies d’avance sur les déboires d’une telle création…

Dans la médecine

Le secteur médical a été l’un des tout premiers à exploiter les formidables applications de l’intelligence artificielle. Estimé à 634 millions de dollars en 2014, le marché de l’IA dans la santé pourrait passer à 6,6 milliards de dollars en 2021 ! Le Japon n’a pas attendu 2017 pour prendre le train en marche. Dès 2015, Hospi le robot de livraison entièrement autonome, et exclusivement dédié au milieu médical, sillonnait l’hôpital de Changi (Singapour) 24h/24 et 7 jours sur 7 pour remettre dossiers et traitements. L’essai a été si concluant que l’imposante boîte de conserve a été affectée aux hôtels et aéroports.

Un service sur-mesure qui a inspiré des petits génies de la Silicon Valley quant aux propriétés miraculeuses que pouvait recéler l’IA : Facebook a entraîné la sienne à détecter les risques de suicides par la seule analyse des publications d’utilisateurs, et Insilico s’en sert pour réduire les délais de tests de certains médicaments pouvant atteindre quinze ans !

Tuning 2.0

Mais s’il est bien un domaine que l’IA va complètement révolutionner, chambouler, et même détruire pour les puristes, c’est notre manière de nous mouvoir. Avec l’apparition courant 2016 de la Tesla AutoPilot et de la très autonome Google Car, le futur est devenu réalité. Cette dernière concrétise les espoirs de millions d’aveugles d’un jour pouvoir rouler par eux-mêmes, en dépit de leur cécité; tandis que la Tesla matérialise le rêve de tout conducteur d’autoroute : rouler sans être assujetti par la route. Un régal pour certains, une aberration pour les autres, toujours est-il qu’en 2030, le fameux rapport de la OHYSAI prédit la démocratisation des voitures autonomes.

L’objectif premier de la conduite par l’IA n’est pas l’amélioration des conditions de voyage, ni ce précieux gain de temps que les patrons les moins scrupuleux sauront mettre à contribution. L’idée directrice d’un projet aussi ambitieux que démesuré est d’éradiquer la mortalité routière. Sur la route, l’erreur humaine est responsable de dizaines de millions de morts chaque année de par le monde. En retirant de l’équation le facteur humain, les chercheurs espèrent diminuer le nombre d’accidents et rallonger ainsi l’espérance de vie des conducteurs. Mais une question subsiste : que ferait l’IA si elle était exposée à une situation de danger – un cerf qui traverse l’autoroute par exemple ? Si la technique est rodée, la capacité de raisonnement de l’IA est encore sujette à caution.

L’année 2030 nous mènera un peu plus vers la dépendance robotique. Alors que les différentes addictions propres aux nouvelles technologies se multiplient – aux réseaux sociaux, aux jeux vidéos, aux smartphones – les chercheurs veulent s’accaparer l’IA et en faire une force ouvrière et domestique 2.0 : les voitures se conduiront toutes seules, les robots nettoieront maisons et jardins… Quelle place pour l’humain dans un monde que l’IA lui promet moins difficile et moins pénible ? Saura-t-il demeurer indépendant face à cette déconcertante facilité de vie, ou sombrera-t-il dans l’expectation comme ceux de Wall-E ?


La terre est ma patrie et l’humanité, ma famille

— Khalil Gibran