Hypatie d’Alexandrie, l’une des plus éminentes savantes de l’Antiquité assassinée pour ses croyances

Hypatie d’Alexandrie, l’une des plus éminentes savantes de l’Antiquité assassinée pour ses croyances

La philosophe et mathématicienne grecque Hypatie, ayant vécu à la fin du 4e et au début du 5e siècle après Jésus-Christ, était l’une des femmes les plus admirées d’Alexandrie, et également l’une des plus détestées. Retour sur la vie tragique de cette savante hors du commun.

UNE SAVANTE ANTIQUE LARGEMENT MÉCONNUE

Bien que les dates diffèrent suivant les historiens, on estime qu’Hypatie est née entre 350 et 370 de notre ère dans la ville d’Alexandrie, en Égypte, qui était alors considérée comme le centre de l’enseignement rhétorique et philosophique. Sous domination romaine, la cité connaissait à cette époque un nouvel âge d’or et voyait ses plus éminents savants reprendre et développer les travaux de leurs prédécesseurs, notamment dans les domaines de l’astronomie, de la mécanique et de l’optique.

Première femme connue de l’histoire à avoir étudié et enseigné les mathématiques, l’astronomie et la philosophie, elle partageait son savoir avec des élèves venus des quatre coins de l’Empire Romain. Mais dans une ville sous forte influence chrétienne, ses convictions païennes allaient finir par lui coûter la vie.

Alexandrie était notamment réputée pour son incroyable bibliothèque, qui réunissait les ouvrages les plus importants de l’époque © Wikimedia Commons

HYPATHIE ÉTAIT LA FILLE DE THÉON D’ALEXANDRIE

Hypathie était la fille de Théon d’Alexandrie, qui l’avait très tôt initiée aux mathématiques et à la philosophie. Éditeur et commentateur de textes mathématiques célèbre pour avoir popularisé les travaux d’Euclide et Ptolémée (sa version des Éléments d’Euclide restera d’ailleurs la seule connue jusqu’au début 19e siècle), l’homme avait également publié un traité sur l’astrolabe, incontournable instrument de mesure antique utilisé pour déterminer la position des corps célestes.

Tableau représentant Hypatie par Charles William Mitchell (1885) © Laing Art Gallery/Wikimedia Commons

Théon considérait Hypatie comme son héritière intellectuelle dans les domaines de l’art, de la littérature et des sciences, et lui offrait l’opportunité d’enseigner les mathématiques et la philosophie au sein de l’Université d’Alexandrie, dont il était le directeur. Au cours de son existence, cette dernière écrirait divers commentaires mathématiques et collaborerait également à d’autres travaux écrits avec son père, mais aucune de ses œuvres ne survivrait.

Toutefois, nombre d’historiens estiment aujourd’hui qu’une grande partie de l’édition de l’Almageste de Ptolémée commentée par Théon est en réalité l’œuvre de sa fille.

Adepte de l’école de pensée néoplatonicienne, fondée, comme son nom l’indique, sur les enseignements du philosophe grec Platon, Hypatie était extrêmement respectée par ses pairs. Damascios le Diadoque la décrivait notamment comme « une dame faisant régulièrement des apparitions dans le centre d’Alexandrie, dissertant en public au sujet les travaux d’Aristote et de Platon ». Professeure populaire, elle était considérée comme la plus grande mathématicienne au monde à la mort de son père.

En raison de ses croyances néoplatoniciennes, Hypatie d’Alexandrie ne s’est jamais mariée et est très probablement restée célibataire toute sa vie. Dans ses ouvrages, Damascios la définissait comme une femme « honnête et chaste », tandis que Socrate le Scolastique évoquait « sa dignité et sa vertu extraordinaires ».

LE PRÉFET ROMAIN D’ALEXANDRIE ADMIRAIT HYPATHIE ET LUI DEMANDAIT RÉGULIÈREMENT CONSEIL

Oreste, préfet romain d’Alexandrie, admirait le savoir et les capacités intellectuelles de la savante, et lui demandait régulièrement conseil. L’homme était chrétien, mais tolérant à l’égard de l’ensemble des religions qui coexistaient à Alexandrie, et il tissait avec elle de forts liens d’amitié. Cette relation privilégiée allait le placer en conflit direct avec Cyrille, nouvel évêque de la ville, et conduirait finalement au meurtre d’Hypatie.

Icône représentant Sainte Catherine, dont la légende aurait été en grande partie inspirée par la vie d’Hypatie © Wikimedia Commons

CYRILLE EST SACRÉ ÉVÊQUE EN 412

L’évêque Cyrille était en effet bien moins tolérant qu’Oreste à l’égard des autres religions, et lors de son sacre en 412, il décidait de fermer et de piller la plupart des lieux de culte non-chrétiens d’Alexandrie. Après le massacre de plusieurs chrétiens orchestré par des extrémistes juifs, il décidait d’expulser tous les juifs de la ville. Oreste, s’opposant fermement aux actions de Cyrille, faisait remonter l’information jusqu’à Rome, ce qui poussait l’évêque à orchestrer une tentative d’assassinat.

Icône représentant l’évêque Cyrille d’Alexandrie © Wikimedia Commons

Si Oreste survivait, Hypatie allait avoir beaucoup moins de chance. Après que la rumeur voulant qu’elle soit à l’origine du conflit opposant le préfet romain à l’évêque d’Alexandrie se soit répandue comme une trainée de poudre, un groupe de moines chrétiens assassinait la philosophe grecque d’une manière particulièrement atroce.

Un soir de mars de l’année 415 ou 416 (selon les sources), une foule de fanatiques bloquait la charrette d’Hypatie alors qu’elle rentrait chez elle après une entrevue avec Oreste. Les fanatiques la projetaient violemment au sol, lui arrachaient ses vêtements et la lapidaient à mort à coups de tessons, avant de brûler ses restes.

Comme le précisait Socrate le Scolastique : « la jetant hors de son siège, ils la traînent à l’église qu’on appelait le Césareum, et l’ayant dépouillée de son vêtement, ils la frappèrent à coups de tessons ; l’ayant systématiquement mise en pièces, ils chargèrent ses membres jusqu’en haut du Cinarôn et les anéantirent par le feu ».

Aujourd’hui, certains historiens considèrent la mort d’Hypatie comme un acte délibéré de Cyrille à l’égard d’Oreste, qui avait refusé de se réconcilier avec lui, tandis que d’autres ne tiennent pas l’évêque pour principal responsable de la mort d’Hypatie, tout en reconnaissant que ses actions et des déclarations ont contribué à attiser la haine à l’égard de la philosophe et poussé un groupe de fanatiques à l’assassiner.

IRONIQUEMENT, CERTAINS DES ENSEIGNEMENTS D’HYPATIE ONT FINI PAR INFLUENCER LA DOCTRINE CHRÉTIENNE

Ironiquement, bien qu’elle ait été assassinée par des chrétiens, en partie parce qu’elle défendait des idées néoplatoniciennes, certains de ses enseignements ont fini par influencer la doctrine chrétienne. L’un de ses étudiants, Synésios de Cyrène, est plus tard devenu un évêque chrétien, et certains chercheurs estiment que ses études platoniciennes antérieures ont influencé la doctrine de la Sainte Trinité.

Illustration de Louis Figuier représentant les terribles sévices subis par Hypatie (1866) © Wikimedia Commons

Longtemps oubliée de l’Histoire, Hypatie d’Alexandrie est aujourd’hui considérée comme l’une des premières femmes à avoir étudié les mathématiques et la philosophie, et son nom a également été donné à une revue scientifique mêlant philosophie et féminisme. On lui attribue régulièrement la maxime : « Faites valoir votre droit de penser, car même penser à tort est mieux que de ne pas penser du tout ».

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