Diogène de Sinope, le philosophe grec réputé pour sa répartie qui vivait… dans un tonneau

Diogène de Sinope, le philosophe grec réputé pour sa répartie qui vivait… dans un tonneau

Au 4e siècle avant J.-C, Diogène de Sinope était l’un des philosophes grecs les plus emblématiques et se définissait lui-même comme un « citoyen du monde ». Surtout connu pour son sens de la répartie fulgurant et ses folles excentricités, l’homme est considéré comme l’un des membres fondateurs du cynisme, courant philosophique prônant le dénuement, l’anticonformisme et la désinvolture comme art de vivre.

UN PHILOSOPHE GREC EXCENTRIQUE

Diogène nait à Sinope (aujourd’hui en Turquie) en 412 av. J.-C. Durant son adolescence, il travaille aux côtés de son père, banquier, mais les deux hommes ne tardent pas à être accusés d’avoir fabriqué de la fausse monnaie pour d’obscures raisons. Selon la plupart des sources, Diogène est alors contraint de fuir sa terre natale pour échapper à la justice et se rend à Athènes, capitale de la philosophie et de la culture grecque.

Là-bas, il fait la connaissance du philosophe Antisthène, fondateur du cynisme, une école philosophique qui prône une vie d’ascétisme et de simplicité. Fasciné par les enseignements de son mentor, Diogène ne tarde pas à les appliquer de façon beaucoup plus radicale : il renonce à la quasi-totalité de ses biens matériels, vit désormais dans un tonneau installé à proximité du Temple de Cybèle et mène une vie de vagabond.

Tableau représentant Diogène muni d’un bâton et d’une lanterne, à la recherche de l’Homme avec un grand H

Lorsqu’il aperçoit un enfant en train de boire de l’eau dans le creux de sa main, le philosophe jette sa coupe et déclare : « Cet enfant m’apprend que je conserve encore du superflu ».

Diogène s’inspire largement des théories morales et politiques d’Antisthène pour développer sa propre vision du cynisme, qui prône le dénuement le plus total et le rejet des tentations matérielles et culturelles offertes par la vie grecque. Pour lui, l’honnêteté est une valeur fondamentale, et il considère les conventions et les manières athéniennes comme une forme de mensonge.

Il lui arrive de déambuler en plein jour dans les rues d’Athènes muni d’une lanterne et de déclarer « Où est donc l’Homme avec un grand H dont parlait Platon ? Je ne vois ici que des hommes ».

Profondément anticonformiste, le philosophe élève également l’obscénité, l’irrévérence et la désinvolture au rang d’art. Considérant que tout acte naturel considéré comme acceptable en privé l’est également dans les lieux publics, il lui arrive notamment d’uriner devant les passants et de se servir sur les étals des marchands, un acte considéré comme particulièrement irrespectueux à l’époque.

PROFONDÉMENT ANTICONFORMISTE, DIOGÈNE ÉLÈVE L’OBSCÉNITÉ ET L’IRRÉVÉRENCE AU RANG D’ART

L’homme manie l’humour absurde comme personne et n’hésite pas à multiplier les traits d’esprit pour remettre en question les conventions de la société athénienne ou se moquer ouvertement des aristocrates et des intellectuels grecs, déclarant notamment que « Les mathématiciens étudient le soleil et la lune et oublient ce qu’ils ont sous les pieds ».

Il se présente un jour à l’académie de Platon pour tourner en ridicule la fameuse définition popularisée par le philosophe voulant qu’un être humain soit un « animal bipède sans cornes ni plumes ». Diogène arrive sur les lieux muni d’une volaille plumée, la brandit fièrement et déclare : « Voyez ! Je vous ai amenés l’homme dont parlait Platon ».

Lors d’un banquet, il est la cible des moqueries d’un groupe de riches Athéniens qui commencent à lui jeter des os en le traitant de chien. Loin de perdre son sang-froid, Diogène s’approche tranquillement des convives, lève la jambe et commence à uriner sur eux.

Après avoir tancé pendant des années les élites intellectuelles d’Athènes (dont beaucoup avouaient en réalité se délecter de ses traits d’esprit et de ses fulgurances), Diogène se retrouve à Corinthe après avoir été capturé par des pirates alors qu’il se dirigeait vers Égine, et vendu à un riche marchand nommé Xéniade.

Lorsque Xéniade lui demande quelles sont ses compétences, Diogène lui répond sèchement : « Celles de gouverner les hommes ». Sidéré par la répartie du philosophe et son indépendance d’esprit, le riche marchand corinthien fait de lui le tuteur de ses jeunes fils et le traite comme un membre à part entière de sa famille plutôt qu’un esclave.

FASCINÉ PAR SA RÉPARTIE ET SON INDÉPENDANCE D’ESPRIT, XÉNIADE FAIT DE DIOGÈNE LE TUTEUR DE SES FILS

 

En 1860, le peintre Jean-Léon Gérôme représente Diogène entouré de chiens errants

Diogène passe le restant de ses jours à Corinthe, où il continue à promouvoir sa philosophie et à vivre dans le dénuement le plus total. Il disparait en 323 avant J.-C. à l’âge de 89 ans, mais la cause véritable de sa mort reste encore aujourd’hui sujette à débat. Il semble bien peu probable qu’il ait été mordu par un chien enragé ou qu’il ait retenu sa respiration jusqu’à ce que mort s’en suive, et la plupart des historiens s’accordent à dire qu’il souffrait probablement des maladies liées à son grand âge.

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